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Plusieurs disparitions surviennent près d'un marécage et la rumeur qu'un monstre hanterait ce lieu a vite fait de se répandre parmi la population de la petite ville avoisinante. Non loin du marécage se trouve "la maison des Saules", demeure dans laquelle vit le Dr. Eric Vornoff, assisté de Lobo, un colosse muet à l'aspect terrifiant. Vornoff est le responsable des disparitions, les malheureux tombant dans ses filets, servant à ses expériences qui ont pour but de créer des "supermen" grâce à l'énergie atomique. Vornoff a également introduit une pieuvre géante dans le marécage. La police mène l'enquête, ainsi que Janet Lewton, journaliste et fiancée du lieutenant Dick Gray. Elle décide de se rendre à la maison des Saules…



1955 marque la première intrusion dans le cinéma d'épouvante d'Ed Wood. Même si "Glen ou Glenda" peut être rangé dans la catégorie "insolite", ce n'est pas spécialement un film de genre, il en va de même pour "Jail Bait" qui lorgne du côté du polar. Et comme Eddy a sous la main Bela Lugosi, célèbre pour son rôle de Dracula, mais ayant également interprété de nombreux savants fous ("voodoo man", "l'homme singe", "the devil bat" par exemple), autant l'utiliser dans ce registre.

Les amateurs de l'acteur hongrois vont être aux anges ! Son interprétation du Dr Vornoff est excellente de cabotinage. Il faut le voir hypnotiser la journaliste, en utilisant ses grandes mains et en leur faisant prendre des postures diaboliques. Son regard est également mis en valeur avec des gros plans mettant en valeur son intensité. Un savant fou dans toute sa splendeur, rêvant de créer une race de "surhommes" grâce à l'énergie atomique. Le film était d'ailleurs intitulé au départ "La fiancée de l'atome". La séquence où Lugosi reçoit la visite d'un de ses anciens confrères est excellente, le dialogue qui s'ensuit lui permettant d'exprimer toute une palette d'émotions, allant de la tristesse à la fureur. Lugosi semble vraiment convaincu par ce rôle et il est très motivé, cela se ressent et sa prestation donne du tonus au film et le tire vers le haut. Peut-être l'un de ses meilleurs rôles ?



A ses côtés, on retrouve le catcheur Tor Johnson. Cet acteur, qui a déjà joué dans pas mal de films, n'était, malheureusement pour lui, que très peu cité dans les crédits. Une injustice que va réparer Ed Wood, puisque grâce à lui, son nom apparaîtra en grand au générique de trois films, "la fiancée du monstre", "plan 9 from outer space" et "la nuit des revenants". On verra également Tor Johnson dans "the black sleep" et il sera la star de son dernier film, "the beast of Yucca Flats" en 1961. Notons qu'il interprétera son personnage de "Lobo" dans un film non réalisé par Ed Wood en 1957, "the unearthly" de Boris Petroff. Dans "la fiancée du monstre", il est donc Lobo, serviteur muet du Dr Vernoff, et son personnage nous rappelle la créature de Frankenstein. En effet, Lobo est une pauvre créature totalement soumise à son maître, qui n'hésite pas à le fouetter quand il montre des signes de rébellion. Tel "la belle et la bête", Lobo succombera aux charmes de Janet, la journaliste, et il n'hésitera pas à mettre sa vie en jeu pour la sauver du destin tragique que son maître lui réserve. Bref, un gentil monstre, poussé à commettre des actes malveillants à cause de Lugosi mais qui au fond n'est pas bien méchant. On remarquera au passage que le titre du film joue sur une ambiguïté, le monstre étant en fait la pieuvre vivant dans le marécage, mais accouplé avec "la fiancée", on peut penser qu'il s'agit bien de Lobo. Une ambiguïté déjà présente dans le chef d'œuvre qu'est "la fiancée de Frankenstein"…

Janet est interprétée par Loretta King. Au départ, c'est la petite amie de Ed Wood, Dolores Fuller, qui devait obtenir ce rôle, mais Eddy, ayant besoin d'argent, le propose finalement à Loretta qui investit dans le film, ce qui marquera la fin de l'union entre Ed et Dolores, les problèmes d'alcool du réalisateur n'étant pas non plus sans cause à cette rupture.

Quant au héros, policier et petit ami de Janet, sa présence dans le film est due au fait que son père, dirigeant des abattoirs, a accepté d'aider au financement du film, mais seulement si son fils avait un rôle important dedans. Eddy ne pouvait refuser. Mais au final, l'acteur s'en sort plutôt bien. Une bonne opération pour Ed Wood !



Avant de regarder "la fiancée du monstre", je ne saurai que trop vous conseiller la vision du "Ed Wood" de Tim Burton, parce qu'il décrit très bien le tournage chaotique du film, nous dévoile comment ont été tournées certaines séquences et les voir ensuite "en vrai" procure encore plus de plaisir.

Parmi les moments cultes du film de Burton, le vol de la pieuvre qui allait devenir le monstre du film. N'ayant pas assez d'argent pour construire son propre monstre, Ed décide d'aller voler la pieuvre mécanique qui vient de servir dans un autre film dans l'entrepôt d'un studio de cinéma. Malheureusement, les voleurs de pacotille oublient de prendre le mécanisme servant à faire bouger l'animal de caoutchouc. Pas grave, Ed Wood trouve rapidement une solution à ce petit problème : l'acteur n'aura qu'à tenir les tentacules dans ses mains et à les agiter autour de lui, donnant l'illusion que l'animal est bien vivant. Simple non ? Une fois qu'on connaît ce détail technique, voir les scènes à l'écran, en particulier quand c'est Bela Lugosi qui tente de faire passer l'illusion, est profondément jubilatoire ! Du grand spectacle !

Ce qui frappe également dans ce film, c'est sa bonne construction. Oui, oui, le film enchaîne parfaitement bien les séquences et on suit les péripéties sans trouver ça incohérent, reproche souvent fait aux films d'Ed Wood. On retrouve bien sûr les techniques préférées du réalisateur pour combler son manque de budget, à savoir stock shots qui dépareillent du reste du film (ceux de la pieuvre sont vraiment les plus représentatifs, surtout quand on voit l'animal en caoutchouc ensuite…), décor et instruments très simples (le casque que Lugosi pose sur la tête de ses cobayes, à mourir de rire). Mais l'ensemble fonctionne, ça passe comme une lettre à la poste. Etonnant non ? Ou alors, on nous a menti, Ed Wood est un réalisateur correct, que le manque de budget a desservi…ou qui n'a pas été compris à son époque…



Les amateurs de vieux films de SF type année 50, et les fans de Lugosi, apprécieront sûrement ce très bon film de Ed Wood. Pour ma part, c'est sûrement le meilleur que j'ai vu, un régal de tous les instants. Les faiblesses sont compensées par le jeu de Lugosi et sa passion à croire en son personnage. Les situations sont bien amenées, Tor Johnson participe également au charme du film. Bref, sûrement pas le navet qu'on prétend, bien au contraire !

Le film aura une pseudo suite en 1959 sous le titre "la nuit des revenants"






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NUIT DES REVENANTS - LA