RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 4.7
(92 votes)
Tom Stall mène une vie bien tranquille à Millbrook, une petite ville où il tient un restaurant et où tout le monde le connaît. Il vit le rêve américain avec sa ravissante femme Eddie et leurs deux enfants, Jack et Sarah. Un soir, alors que Tom s'apprête à fermer le restaurant pour rentrer chez lui, deux individus armés le braquent. Sentant la vie de ses employés, de ses clients et sa propre vie en danger, Tom les abat avec un calme et une précision étonnants. Toute la petite ville de Millbrook le considère maintenant comme un héros. Tom tente tant bien que mal de retrouver une vie normale, mais un certain Carl Fogarty fait irruption dans son restaurant prétendant que Tom est un dangereux malfrat avec qui il eut autrefois de violents démêlés. Tom aura beau nier, Carl Fogarty, à force de le traquer fera naître le doute chez les habitants de Millbrook, la famille de Tom et Tom lui-même.



"A History of Violence" de David Cronenberg ("Vidéodrome", "La Mouche", "Existenz") est un thriller d'action sans aucune once de fantastique, contrairement à la quasi-totalité des films du réalisateur. Pourtant, à travers cette histoire qui semble très classique, David Cronenberg aborde les sujets qui lui sont chers: sexe, sang et chair. Le thème premier de "A History of Violence" n'est pas d'abord la violence, mais plutôt la manière dont elle influe sur nos vies. Ainsi, à travers le parcours de Tom Stall qui fait tout pour protéger ceux qu'il aime, seront dévoilées toutes les violences dont chacun est capable. Toutes les violences possibles du microcosme de la famille sont passées à la moulinette du grand David. Du coup, de cette histoire des plus classiques qui aurait pu engendrer un énième navet américain naît un film ambiguë et d'une étonnante violence.



Viggo Mortensen ("Le Seigneur des Anneaux") et Maria Bello font preuve d'une justesse rare dans l'interprétation de leurs personnages respectifs. L'évolution de la relation de Tom et Eddie est particulièrement remarquable. L'amour naïf qu'ils ont l'un pour l'autre au début de l'histoire, amour dans lequel Eddie semble avoir le dessus, va se transformer petit à petit en un amour violent et presque malsain. Le jeune Ashton Holmes est très convaincant dans son rôle d'ado en crise. L'évolution des déboires scolaires de Jack est montrée avec un réalisme cru presque traumatisant lorsque ce dernier craque. Il y a aussi la relation père-fils, dont le paroxysme de l'évolution est amer et impressionnant. David Cronenberg brosse le portrait d'une violence qui s'insinue partout; elle n'est pas qu'extérieure à nous comme ont tendance à le montrer un trop grand nombre de films. Elle commence en nous, s'élargit à nos relations, pour finir par nous retomber dessus avec fracas.



Et le film commence par là: les retombée de la violence sur un personnage qui ne semble pas plus violent qu'un autre. Cette violence se manifeste par l'arrivée de Carl Fogarty dans la vie de notre homme ordinaire. Ed Harris incarne parfaitement cet homme énigmatique, froid et sans pitié. Tom, pour faire face à la situation va devoir se battre. Son combat n'est pas un combat chorégraphié et magnifié tel qu'on a l'habitude d'en voir. C'est un combat d'une violence à l'état brut: maladroite et désordonnée, n'ayant d'autre but que l'annihilation totale de la menace à laquelle Tom et sa famille font face. La caméra du réalisateur canadien s'attarde sur toutes les blessures, très souvent répugnantes de réalisme, qu'infligent les personnages à leurs ennemis. Le véritable but du combat de Tom se révèle dans un final ahurissant, dérangeant et d'un cynisme extrême.



Au final, David Cronenberg livre une analyse de la violence d'une grande finesse qui fait de son film un drame humain à la fois poignant et percutant. Les mots du maître me permettront de conclure: "Le désir d'un artiste, comme celui d'un scientifique, est de ne pas se limiter à la surface des choses, mais de plonger dessous pour aller voir leur origine et comment cela se déroule. Cela conduit souvent en des territoires qui font peur, qui sont négatifs ou interdits. Mais je ne pense pas que la motivation soit uniquement de savoir ce qui est négatif, c'est de savoir ce qui est réel, de comprendre les multiples épaisseurs de la réalité." Mission accomplie Mr Cronenberg!








Une histoire Etatsunienne

Portrait de Lionel Jacquet

5.04

Démontage en règle des clichés de l'American way of life. Remarquable

LUMIèRE SUR