RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 5.7
(3 votes)
Suicide, "un peu plus définitif que les sites de rencontres" titre l'affiche du film. Et le film est aussi définitif pour les suicidés qui le peuplent, que pour le spectateur. "Si vous voulez vous tuer, envoyez nous un e-mail et nous filmerons !" annonce une page internet… Un jeune couple a monté ce site Internet, pour permettre à toute personne suicidaire, d'être filmée lors de son dernier acte. Si les réponses sont très rares aux balbutiements du site, elles se font de plus en plus fréquentes. "Etonnant comme les gens peuvent faire preuve d'imagination pour se détruire !" Distribué aux Etats Unis par Troma, "Suicide" est un film qui vient tout droit d'Allemagne...



Sélection officielle de nombreux festivals, dont certains de renommée (Sitges, Raindance…), "Suicide" apparaît comme un véritable tour de force.
De la première séquence à la dernière, le spectateur est plongé dans un horrible doute… Est-ce bien de la fiction ? Et rien n'indique que Suicide n'est pas composée de séquences ‘Snuff'. Rien !

En effet le réalisateur réussit l'étonnante performance de filmer chaque suicide en plan séquence. C'est-à-dire qu'aucune coupe n'est faite entre l'entrée du caméraman sur les lieux du suicide et sa sortie. Cet aspect continu, contribue à rendre les prises de vue réalistes tant il est vrai qu'il est difficile (impossible ?) de créer un effet sans coupure.
Ensuite la pigmentation crue de l'image, tend à faire passer le film pour un documentaire. Impression accrue par le transport de la caméra à l'épaule. Le souffle du caméraman est donc ressenti à l'écran, et cela confère un aspect encore plus authentique au métrage, lors des montées des courses poursuites.



Un testament macabre sur le suicide. Trop cru pour être falsifié, trop réaliste pour être truqué.

Le côté noir du métrage est renforcé par les interventions des deux webmestres. Entre chaque séquence de suicide, le couple discute de ce qui a précédé, dans leur voiture. La caméra est alors posée dans la boîte à gant.
A mesure que le nombre de leurs séquences s'étoffe, le couple semble prendre goût à ce jeu macabre.

C'est là que les tripes du spectateur se tordent. Ce qu'il voit à l'écran lui reste en travers de la gorge. Comment savoir si ce n'est pas du snuff, tout y est si… authentique.



Quoiqu'il en soit, Raoul W. Heimrich réussit son pari, faire éclater le tabou du suicide, en filmant un documentaire (/fiction ?) sur le sujet. Tout le métrage exprime la tristesse des suicidés. Ce sentiment d'extrême détresse qui devient étouffant lors de la séquence du drogué. Avant de mettre fin à sa vie, il embrasse sa petite amie, déjà complètement intoxiquée, "vis en paix..." Puis il s'en va, suivi par le caméraman.

Tout les gestes et expressions des personnes apparaissant à l'écran sont troublants de vérité. Une vérité vraiment dérangeante, mise à jour par une société moderne, voyeuriste.



Raoul W. Heimrich, marche ici sur les traces de Jorg "Nekromantik" Buttgereit et de son "Roi des morts - le". L'aspect totalement épuré de son métrage, traitant droit dans les yeux, d'un tabou ayant toujours court, le rapproche de son compatriote. Si ce n'est que "Suicide" n'a rien de spectaculaire ou de gore… Il est juste… insupportable d'un certain point de vue, de celui qui, justement, est criblé d'une morale bien pensante. Nul doute que ce métrage n'est pas près de se voir distribué largement ! Dommage, car il mériterai d'être vu par le plus grand nombre.
Toutefois l'aspect choquant prédomine, et même lors du générique de fin, on se dit : "Merde… Qu'est-ce que je viens de voir… C'est pas possible que ce soit truqué."

Seul votre bon sens vous dictera le contraire.








Du même réalisateur :