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"Jaws", de Steven Spielberg, pourra se targuer encore longtemps d'avoir entraîné dans son sillage tant d'avatars, que ce soit dans les variations des monstres aquatiques ou dans celles de leur qualité cinématographique (du "Piranhas" de Joe Dante aux nanars de Nu Image). Dans ce bouillon d'écume sanglant plus ou moins réussi, "Orca" se distingue d'une façon singulière. Sortant opportunément deux ans après "Les dents de la mer", le film de Michael Anderson ne visait pas uniquement à faire varier les plaisirs de la terreur marine en passant du requin à l'orque. Accompagné d'une musique lancinante, c'était en effet à un assortiment de tragédie écolo et de western spaghetti océanique qu'il conviait le spectateur...



Etudiant les fonds marin de Terre-Neuve, Rachel Bedford (Charlotte Rampling) effectue une plongée lorsque surgit un requin blanc. Ecumant les eaux à la recherche d'un spécimen à vendre dans un musée océanographique, le capitaine Nolan (Richard Harris) rate sa cible et récupère la scientifique à bord de son bateau de pêche, tandis qu'un orque sauve la vie du coéquipier de Rachel en frappant le requin blanc de plein fouet. Fasciné, Nolan oublie les requins et décide de capturer un orque. Toutefois, ignorant tout des moeurs de cet animal, il commet une terrible erreur, et devra dès lors affronter son implacable vengeance...



Exploitation et mixage improbable ayant toujours fait bon ménage, "Orca" n'échappe pas à la règle, mais en ressort avec une allure unique. Tout en respectant le prototype de la vilaine bête aquatique mâchouillant une proie après l'autre, les scénaristes ont cette fois eu la brillante idée d'en faire davantage qu'un animal impersonnel, voire de lui administrer carrément un profil anthropomorphique appuyé: depuis le foetus ressemblant à celui des êtres humains aux vertus familiales, en passant par le hurlement de rage et de désespoir, tout est fait pour nous enfoncer dans le crâne (avec la cyanosante Charlotte Rampling...) que le mammifère marin noir et blanc est proche de l'homme, et même qu'il le surpasse par son langage, sa fidélité, sa force... et son instinct de vengeance. Comble du comble, le pécheur ayant pêché contre la nature s'avère avoir vécu un drame identique à celui qu'il a infligé à l'animal... Bref, "Orca" ne fait pas précisément dans la dentelle, et on comprend en quelques minutes qu'à défaut de nous inspirer la frayeur suscitée par le requin blanc de "Jaws", Michael Anderson et son producteur ont décidé de nous faire pleurer comme des madeleines, avec une façon relativement obscène de tirer sur la corde sensible. Même Ennio Morricone est de la partie, intervenant toutes les cinq minutes avec ses archets démoniaques pour nous réduire le coeur en bouillie. Ah, ce cortège d'ailerons escortant la femelle agonisante vers la plage, cette scène finale noble et ultime, bouhouhou... On patauge dans un océan de larmes.



Au rayon horreur et gore, le spectateur n'aura rien à se mettre sous la dent. Celles de l'orque punitif agissent assez proprement, d'un coup de mâchoire net et suffisant, et c'est surtout sa puissance contondante qui est soulignée. Se déplaçant de la profondeur à la surface comme un sous-marin (le plan impressionnant où il approche du port, son aileron noir apparaissant et disparaissant entre les rives plantées d'habitations de pécheurs), l'orque est une volonté en marche, méthodique et déterminée. Là est la grande réussite de "Orca". Personnage à part entière, choisissant ses victimes pour une raison précise, contrairement au requin blanc qui bâfre sans discernement, l'animal incarne la vengeance même et inspire une terreur sacrée parce qu'il va jusqu'au bout, impitoyablement. De là à faire enfiler un costume d'orque à Clint Eastwood ou à Charles Bronson, il n'y avait qu'un pas... On n'oubliera pas de sitôt les coups d'oeil silencieux échangés entre Nolan et la bête (qui le photographie littéralement), comme deux vieux cowboys des mers se promettant d'en découdre. Petite originalité, alors que Nolan se laisse convaincre par miss Bedford d'arrêter là les frais, c'est la petite communauté de pécheurs superstitieux qui va l'obliger à aller au terme de l'affrontement, et la sensation de fatalité n'en est que plus grande. Le capitaine se retrouve alors à suivre le chemin indiqué par l'orque, là où Achab n'avait de cesse de poursuivre la baleine blanche de "Moby Dick", auquel l'affiche dantesque de "Orca" renvoie sans autre justification.



Renonçant astucieusement à concurrencer ses origines et joignant à ses atouts celui de la fibre écolo naissante, le film de Michael Anderson impressionne ou agace, selon l'humeur... Et à défaut d'être le film de terreur aquatique du siècle, il reste sans doute l'un des plus troublants.








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