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En 1957, Ingmar Bergman avait déjà mis en scène plus de cinquante pièces de théâtre et réalisé seize long-métrages; pourtant, son nom n'était guère prononcé au-delà des côtes suédoises. Avec "Les Fraises Sauvages", "Le Septième Sceau" fut l'un des deux films qui portèrent sa renommée à travers le monde, suscitant par la suite la redécouverte de ses créations. Adaptation et développement d'une pièce de théâtre écrite par Bergman lui-même, ce fut également le premier d'une longue série de films où ce dernier allait diriger Max Von Sydow.



De retour des croisades, le chevalier Antonius Block (Max Von Sydow) se réveille sur une plage de galets battue par les flots. La Mort (Bengt Ekerot) surgit, prête à l'emporter. Mais sans se démonter, Block lui propose une partie d'échec: si elle gagne, elle pourra exécuter ses plans; sinon, il sera libre. La Mort accepte et la partie commence, Block pouvant vivre normalement entre les coups échangés. Avec son écuyer Jöns (Gunnar Björnstrand), il s'enfonce alors à cheval dans l'intérieur des terres ravagées par la peste et la superstition, cherchant réponse aux questions qui le hantent...



Oublions un instant les clichés attachés au cinéma de Bergman, souvent caricaturé par des personnages muets fixant la blancheur virginale d'un plafond... Rien de tel devant les yeux des personnages du "Septième Sceau", qui commence dès la première scène par l'apparition de la Mort en personne. Car si Max Von Sydow et son visage pensif poursuivent bel et bien une quête intérieure, cherchant en vain une preuve matérielle de l'existence de Dieu, c'est pour voir s'accumuler des images funèbres: cadavre, procession de fanatiques cultivant la souffrance, sorcière de pacotille menée sur le bûcher, agonie hurlante d'un séminariste défroqué et frappé par la peste... L'horreur guette à chaque détour du chemin, donnant lieu, grâce à des contrastes profonds, des compositions de plan expressives et un rythme envoûtant, à des scènes impressionnantes d'angoisse; mais cette horreur règne aussi dans les dialogues des hommes terrifiés: "Des chevaux se sont dévorés, des tombes se sont ouvertes, éparpillant partout les ossements...", "On dit qu'une femme a accouché d'une tête de veau." Comme l'annonçait la citation accompagnant la première image du film, une atmosphère d'Apocalypse semble partout peser, et c'est en terrain conquis que la Mort avance.

Préférant lui donner chair plutôt que d'en faire un squelette armée d'une grande faux, forme traditionnelle par laquelle on la représentait au Moyen-Âge, Bergman lui donne une expression effrayante, le visage, le regard et la silhouette de Bengt Ekerot diffusant un charisme hypnotique, une présence à la fois imposante et discrète: il lui suffit de lever le bras pour enténébrer le plan d'un voile funeste, et c'est tranquillement qu'elle remplit son oeuvre, jouant aux échecs et se permettant même d'humoriser, comme lorsqu'elle scie l'arbre de Jonas Skat, le directeur de la petite troupe de théâtre qui vient de simuler son suicide.



Ainsi tout n'est pas entièrement noir dans "Le Septième Sceau". Afin d'alléger le ton et de jeter sur les choses une lumière différente, Bergman y aménage une bonne place à la comédie, laquelle va de l'humour grinçant de l'écuyer Jöns, rebelle au sérieux de son maître mais loyal envers les hommes, à la franche bouffonnade du bûcheron cocu, avec lequel il comparera l'amour et la peste. La scène d'approche entre la femme de ce dernier et Jonas Skat, montée en parallèle avec la chanson du couple Jöf et Mia (où il est question du Diable...), est devenue anthologique, la caricature de la séduction tombant au niveau de la parade nuptiale... Reste enfin la joie naïve, la capacité de goûter simplement aux choses de la vie, que Jöf, Mia et leur enfant incarnent, filmés dans des lumières douces et brillantes qui semblent émaner d'eux. Antonius Block les reconnaîtra d'ailleurs comme la seule exception rencontrée sur son parcours, et prendra sur lui de les escorter dans leur voyage itinérant, avant de détourner d'eux l'attention de son adversaire au jeu d'échec.



Placé dans une époque moyen-âgeuse qui doit plus à la poésie qu'à la réalité historique, bénéficiant d'une réalisation superbement maîtrisée et d'une interprétation parfaite, "Le Septième Sceau" est de ces rares films qui n'auront jamais à craindre le passage du temps. Et il est bien agréable de se dire que la révélation de Bergman au reste du monde était passée par un film fantastique.








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SOURCE - LA