RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 4.7
(3 votes)
Pendant la guerre civile en Espagne, le jeune Fando découvre que sa mère a dénoncé son malheureux père. Cherchant vainement ce qu'il est devenu, il se heurte à un monde sauvage, se réfugiant dans un univers fait de perversions et de folies. A présent, la vie du jeune enfant va prendre un douloureux tournant…



Surréaliste, poète et peintre, Fernando Arrabal a été le fondateur du " mouvement panique" avec deux autres comparses : Roland Topor et Alejandro Jodorowsky. Dès les années 60, les trois amis passent de la littérature au théâtre avec une grande aisance, avant de se lancer dans le cinéma.

Jodorowsky signera "Fando Y Lis", "El Topo" et "La montagne sacrée", trois œuvres cultissimes ; Roland Topor travaillera sur certaines œuvres comme "La planète sauvage" et Fernando Arrabal versera dans un surréalisme cinématographique très proche de celui de Jodorowsky avec "Viva la muerte", "J'irai comme un cheval fou" et "L'arbre de Guernica", sa trilogie en quelque sorte.

Personnalité excentrique, Arrabal touchera un peu à tout durant sa carrière, et adaptera avec "Viva la muerte" sa propre autobiographie "Baal Babylone". Directement hérité de Bunuel, le surréalisme "shock" dont fait preuve Arrabal est ne recule devant rien, alternant ainsi des scènes dites "normales" et des séquences de visions assez proche d'un certain "Un chien Andalou".
Un maelstrom d'images quasi insoutenables, folles, drôles, degeulasses… Le film d'Arrabal n'a pas vieilli et reste encore et toujours réservé à un public averti.



Baignant dans un réalisme rendant certaines scènes encore plus terribles, le film prend pour héros le petit Fando, un gamin de huit ans vivant avec sa mère mais souffrant de l'absence de son père. Arrêté il y a quelque temps, il aurait été dénoncé par la mère de Fando, qui va le découvrir sous peu. Mais dans ce régime franquiste, la vie de Fando n'est guère agréable : entre fanatisme religieux (qu'il vienne de l'école ou de sa propre mère), délinquance et misère (des gamins se font des sandwichs d'insectes dans les rues), et même une vie familiale bien ennuyeuse, Fando vit un véritable petit enfer. De plus en plus rongé par cet univers néfaste, Fando a des visions atroces, de plus en plus récurrentes, dégoûtantes et révoltantes.



Vouant une obsession quasi oedipienne sa propre mère, Fando vit dans un monde essentiellement féminin où il se sent irrémédiablement seul. Sa tante est une jeune femme désirable et aguicheuse, qui devient à ses yeux un autre fantasme féminin. Mais bassiné par l'autorité religieuse et stricte de sa mater, il va jusqu'à avoir recourt à l'automutilation ou à d'étranges actes. De même, sa tante est également habitée par un inquiétant fanatisme religieux comme le prouve l'hallucinante scène de prière à l'issu sado-masochiste. Un monde de sadisme et de masochisme influençant bien malheureusement le petit garçon, comme cette scène ou il tabasse gratuitement sa meilleure amie, quelques temps après avoir été molesté par des garçons de son âge.

Séparé trop tôt de son père, il ne voit qu'une seule figure masculine : son grand-père, un être muet et au seuil de la mort. La mère est une figure ambiguë et fascinante, alternant une beauté qui ne peut qu'envoûter le jeune garçon ainsi qu'une certaine douceur, puis soudain une dureté et une violence incompréhensibles. Dans ses visions, il entretient des rapports encore plus étranges avec elle, la voit en Madone ou en tortionnaire, nymphomane ou veuve noire.



Tournées en vidéo avec des couleurs agressives et criardes, ces visions accompagnent le film en même temps que la vie de Fando. Arrabal déploie un amalgame de tabous impressionnant, multipliant les tortures et horreurs en tout genre : yeux crevés, inceste, meurtres, scatophilie, exécutions sauvages… Fando se voit comme un petit Christ, balance et léche de la boue sur le visage de sa mère, voit sa tante se coucher nue avec un squelette…
Dotées d'une bande son parfois éreintante et malsaine, ces nombreuses scènes rappellent les dessins de Topor visibles lors du générique, à savoir des tortures grotesques et délirantes, suivies de la chanson "Ekkoleg", une entêtante comptine enfantine, traversant plusieurs fois le métrage.

Mais petit à petit, les visions de Fando deviennent trop nombreuses, dévorent l'écran et se mêlent à la réalité. Pour aller encore plus loin, Arrabal filme une scène littéralement snuff où la mère de Fando égorge, éventre et castre un bœuf sous les yeux d'une fanfare. Pas pour les yeux frileux donc…
D'autres plans "réels" sont utilisés pour une scène d'opération, tirés très sûrement d'une vidéo médicale.
Vous l'aurez compris, "Viva la muerte" est une œuvre choc, pas réellement parfaite puisque souvent complaisante voire très crue. Mais du cinéma underground qui frôle aussi bien le génie, autant en profiter !








Du même réalisateur :

IRAI COMME UN CHEVAL FOU - J