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En 1645, l'Angleterre est en pleine guerre civile opposant les partisans du roi Charles 1er et les troupes du Parlement emmenées par le général Cromwell. Profitant de ces troubles, des individus sans scrupule s'enrichissent en "démasquant" le malin là où il se cache. L'un d'eux en a profité pour devenir inquisiteur, Matthew Hopkins, profitant de la superstition des populations locales, pour ériger partout sur son passage gibets et bûchers.



"Le Grand Inquisiteur" est un film à part dans la catégorie du cinéma fantastique et horrifique tel que le concevait la Grande-Bretagne de l'époque, où dominaient largement les productions Hammer. Ici, point de châteaux gothiques, ni de brumes. Juste un décor naturaliste sans fioritures, ce qui permet de mieux mettre en valeur les cruautés des tortures. D'ailleurs peu de musique accompagne les images de tortures. Le film du jeune Michael Reeves nous dévoile ainsi toute une panoplie de supplices : couteaux dans le corps, noyades, pendaisons, bûchers, marques au fer rouge… L'arsenal du parfait inquisiteur en quelque sorte. Il faut se remettre dans le contexte de l'époque pour noter l'audace visuelle du réalisateur. Ces personnages souffrent, hurlent et saignent abondamment. Car ce que l'on retient le plus de ce long-métrage, ce sont les cris des victimes tentant de hurler à la face de leur(s) bourreau(x) leur innocence, et ce jusqu'à leur dernier souffle.


L'on retrouve au 17ème siècle, bien des relents de régressions moyenâgeuses. L'Angleterre comme illustrée dans le cas présent n'est pas le seul pays à connaître des mouvements de chasse aux sorcières. La France a vu un fait divers faire l'actualité : dans la ville de Loudun avec l'affaire des possédées (1632-1634) qui s'est conclue par le procès et le supplice du curé Urbain Grandier (à rapprocher du sort du père John Lowes dans "Le Grand Inquisiteur").

Pour interpréter le rôle de l'inquisiteur Matthew Hopkins, le choix de la production s'est porté sur Vincent Price ("l'abominable docteur phibes", "Théâtre de sang"), dont l'exubérance pouvait faire craindre un jeu outrancier. Or, jamais l'acteur n'a été aussi sobre et fin, représentant parfaitement l'image que l'on peut se faire d'un individu sans scrupule, dont la lutte contre l'hérésie n'est qu'un prétexte à s'enrichir et à profiter de la détresse de jeunes femmes, pour que celles-ci acceptent ses avances. Espérant ainsi épargner à leurs proches une fin fatale. On est donc bien loin de l'image renvoyée par les grands inquisiteurs de la fin du Moyen-Âge (ces "fous de Dieu" que furent Torquemada, Savonarole). La religion n'est qu'un prétexte pour Hopkins et son sbire. Mais pas véritablement que pour eux puisque Michael Reeves nous fait assister à un semblant de mariage dans une église en piteux état, où le mot Sorcier figure en gros sur un des murs, et sans la présence d'un pasteur pour bénir l'union.


Nous sommes bien loin de l'imagerie véhiculée par le cinéma "historique" hollywoodien de la même époque avec ses archétypes manichéens, même si l'on n'échappe pas aux clichés inhérents au genre : musique traditionnelle de films de cape et d'épée lors des cavalcades du gentil héros, une fille en détresse, un être ignoble et prêt à tout… Mais tout cela n'est qu'apparence, car si on assiste bien à la traditionnelle bagarre dans l'auberge, les stéréotypes des personnages volent en éclat. Ainsi, le jeune héros (Richard Marshall) se trouve vite rempli d'une haine et d'une volonté de se faire justice soi-même. Vengeance qu'il va exercer avec une extrême cruauté et sans une once de charité chrétienne. Une violence qui pour nous peut paraître désuète de nos jours mais qui a valu au film d'être classé X à sa sortie en Grande-Bretagne.


N'étant ni véritablement horrifique, ni encore moins comportant des éléments fantastiques, "Witchfinder General", se trouve de fait à la croisée de plusieurs genres. Comme dans tout bon film britannique qui se respecte ("Le métro de la mort"), les dialogues comportent un humour distancié et ironique plutôt savoureux (exemple venant de la bouche d'Hopkins en personne : " Je respecte profondément la vie surtout la mienne" alors qu'il a sur la conscience des centaines de victimes). Un film qui reste toujours efficace et qui témoigne de la modernité de la mise en scène de son réalisateur malheureusement disparu trop tôt (25 ans) suite à l'absorption trop massive de médicaments.

Un site intéressant sur les prétendus cas de sorcellerie dans l'Europe des temps modernes :
http://maitre.cles.free.fr/pages/le_lutineur/sorciere.htm






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CHATEAU DES MORTS VIVANTS - LE