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Taguchi ne vient plus au travail depuis une semaine. Très inquiets pour lui, ses collègues se rendent à son domicile et découvrent qu'il s'est suicidé. Une étrange trace noire ayant la forme vague d'un corps se trouve sur le mur devant lequel il est mort. L'un des amis de Taguchi récupère une disquette dont il a besoin pour son travail, mais cela va lui donner accès à Zone Interdite, un site Internet dérangeant, montrant des images de gens se préparant au suicide. D'autres vont avoir des visions fantômatiques, les conduisant à une mort certaine. Virus informatique ayant le pouvoir d'infecter le monde extérieur… ou quelque chose de bien plus simple, mais d'autant plus macabre ?



Encore un film de fantômes japonais ? Oui… et non. Celui-ci diffère de ses compères s'inspirant largement du phénomène Ring (loin d'être le premier du genre, soit dit en passant) de par son pessimisme absolu rappelant fortement les fins de "Crépuscule/Jour des morts vivants" de Romero. Ici, il ne s'agit en aucun cas de zombies et la comparaison s'arrête à l'esprit sinistre habitant ces trois films. Il n'y a pas de gore non plus, son existence entière reposant sur une ambiance graduellement oppressante, si bien que malgré quelques longueurs bien senties, on ne peut s'empêcher de continuer à regarder jusqu'à la fin, le film se faufilant sous votre peau subrepticement, attendant le bon moment pour pincer vos nerfs par le biais d'une image, d'une ombre ou d'un bruit provenant d'une bande son flippante à souhait.



Ce film est l'un des plus anti-Hollywoodiens qu'il m'ait été donné de voir. Tous les personnages sont des solitaires qui ne se dévoilent pas ni ne communiquent vraiment entre eux, reflétant une culture japonaise individualisée, compartimentée. A un moment donné, l'un des personnages principaux dit que les esprits tentent d'atteindre les gens dans leur extrême solitude, renforçant ainsi l'idée d'un pays mourant et présentant la mort comme un état "d'entre-deux". Ni ici, ni ailleurs.

Les protagonistes vont s'allier pour tenter de lever le voile sur les faits inexplicables les entraînant dans leur sillage mortel. Cependant, malgré une attirance certaine entre deux personnes, aucune véritable amitié ne va se former, le jeune homme allant jusqu'à parler de cette fille comme étant son amie mais qu'il ne la connaissait pas, en fait. Et son interlocuteur de hocher la tête, comme si c'était une évidence. Etrange conception de l'amitié ou triste habitude générée par une société indifférente ?



Tout ici n'est que froideur et désillusion. Les jeunes gens semblent avoir bien plus peur de leur isolement que par les esprits envahissant le monde. Même en découvrant qu'à la simple vision des fantômes ils sont condamnés à mourir, cela ne les empêchera pas d'aller à leur rencontre comme pour défier le destin de leur faire ressentir quelque chose, n'importe quoi – pourquoi pas la terreur ? En témoigne la séquence comportant une femme et un canapé – vous comprendrez.

L'explication pour cette improbable invasion de l'au-delà vient à peu près vers le milieu du métrage. Apparemment, il n'y aurait plus de place pour les morts là où ils se trouvent et ils s'étalent alors dans le monde des vivants par des endroits devant rester scellés. Ceci donne droit à des images d'une rare épouvante grâce aux effets spéciaux particulièrement bien faits. Les images et le son véhiculent une terreur sans nom, ne laissant aucune échappatoire au spectateur qui ne peut qu'assister impuissant au débordement infernal dans sa discrétion.



D'après mes recherches, les droits de ce film ont déjà été acquises pour en faire un remake américain. Le problème est qu'une chose va effrayer certaines personnes et en laisser d'autres froides. Ici, la vision mélancolique et apocalyptique court un très grand risque de se voir effacée au profit d'un métrage plus "commercial" à la "Le cercle". Je ne saurai que trop vous conseiller de regarder "Kaïro" avant, surtout si vous aimez vos films de fantômes atmosphériques à l'extrême et aux effets simples (ah, ces traces noires…), qui vous hantera longtemps après le visionnage. De plus - et c'est loin d'être le cas pour un bon nombre de films récents - au deuxième visionnage, le film devient encore meilleur.