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Une navette spatiale s'approche de l'atmosphère terrestre et y largue un projectile avant de s'éloigner de nouveau. Quelques temps plus tard, le major Dutch Shaefer et son commando débarquent en hélico dans une petite base militaire, quelque part en Amérique Latine. Le général Phillips ainsi que Dillon, ancien équipier de Dutch et à présent membre de la CIA, ont fait appel à cette troupe de choc afin de libérer des otages capturés dans une zone où ils n'auraient pas dû se trouver officiellement. Après avoir manifesté quelques réticences, Dutch accepte que la mission soit dirigée par Dillon. Le commando est donc largué en pleine jungle, où il ne tarde pas à découvrir la carcasse d'un hélicoptère de surveillance, puis des cadavres de bérets verts écorchés vifs et suspendus par les pieds… Mais aucune trace d'assaillant. Tandis que Dutch découvre peu à peu la véritable raison de la mission, une traque meurtrière commence, où le véritable ennemi va s'avérer bien plus cruel et plus dangereux que les guérilleros locaux…



Quand la 20th Century Fox veut faire bouillir la marmite, elle sait comment s'y prendre. Joel Silver à la production, déjà, représente une certaine assurance : "L'arme fatale" et "48 heures", c'est lui. Arnold Schwarzenegger en tête d'affiche, c'est tout bonnement de la pertinence : dans les années 80, le muscle a du succès, et l'ex-Monsieur Univers ("Conan le Barbare", "Terminator", "Commando"…) est déjà considéré comme le rival direct de Sylvester Stallone. D'ailleurs "Prédator" se déroule dans une jungle, tout comme Rambo II (1985). Une façon de prolonger le duel, en somme. Par contre, côté scénario, "Prédator" propose un mélange de guerre, d'action, de suspense, de science-fiction, d'horreur, et même de péplum (l'affrontement final)… Bref, de la série B qui fleure bon le Z ! Cerise sur ce ragoût, un monstre vraiment original : aux premiers jours du tournage, on voit passer une sorte de gymnaste en collant rouge (KNB Fx et consorts n'ayant rien trouvé de mieux…).

Allons, vite ! On se reprend, on lâche un peu d'oseille, et voilà Stan Winston qui rejoint le plateau (tiens, c'est celui qui a travaillé sur l' "Aliens" de James Cameron). A la musique, Alan Silvestri : on le dit très inspiré, en ce moment. Mais… Et la réalisation, au fait ? Allez hop, prenons Mc Tiernan. Oui, oui, le monsieur là-bas, au fond de la salle. Son premier film, "Nomads", n'a pas eu un grand succès, mais une rumeur flatteuse court à son sujet. Total : un budget d'environ 18 millions de dollars. Quand même ! N'aurait-on pas pris un risque ? Bon, pour le confort sur les lieux du tournage, du coup, ce sera zéro.



Et voilà le travail. Entre les mains de John Mc Tiernan, ce qui aurait pu n'être qu'un gros fourre-tout ridicule et indigeste devient une véritable révélation. Mine de rien, "Prédator" va poser les nouvelles bases du film d'action (ce que son film suivant, "Piège de Cristal", ne fera que confirmer sur le plan urbain). Il y avait un avant-"Prédator", et il y aura un après. La caméra est d'une souplesse hallucinante, le montage hyper-fluide. On dirait, infatigable, un fauve qui se déplace. Un sens inné de l'espace permet à Mc Tiernan de nous conduire à travers une jungle inextricable sans nous y perdre, et de garder chaque personnage à l'œil avec dynamisme, sans confusion.

Regardez l'assaut du camp guérillero : plus de quatre angles d'attaque, et la scène est limpide, haletante, musclée, explosive. Le montage alterné avec la vision thermique du "Prédator" effraie pour de bon, avec une bande sonore qui vous empoigne la colonne vertébrale et vous l'arrache d'un coup sec. L'osmose avec la musique de Silvestri, mélange d'orchestre symphonique et de percussions tribales, est parfaite. Après une introduction en fanfare, nous voilà plongés dans un bourbier vert, sombre, moite et brumeux, où quelque chose guette. Tension, explosion, panique, souffle suspendu, progression implacable d'un cauchemar où les chasseurs vont devenir gibier. On transpire, on crie, on saigne – car le gore est aussi au rendez-vous. Et quant au monstre, qui se dévoile à nous avec un art consommé du strip-tease macabre, tout le monde sait ce qu'il en est. Cet hybride bipède de rastaquouère, de singe, de scorpion, de reptile cuirassé et de cyborg, mélangeant aussi bien les espèces que les époques (la préhistoire par son aspect saurien, le moyen-âge par son armure, le futur par son équipement hight-tech) est d'ores et déjà culte. L'année même de la sortie du film sortira une bande-dessinée au titre évocateur : "Alien vs Prédator". Une lubie qui n'est pas prête de s'arrêter…



Aussi que venait faire le personnage d'Anna (Elpidia Carrillo) dans ce merdier? Mettre sa petite note féminine, et pourquoi pas érotique, dans un monde de brutes ? Eh bien, pas du tout. Anna est un regard : d'abord celui d'un revolver braqué (et vite désarmé) sur la nuque du major Dutch/Arnold Schwarzenegger ; ensuite celui qui, le premier, verra vraiment le monstre (une sorte de baptême sanglant) ; et enfin celui qui recueillera un homme dévasté, redevenu un véritable animal (ani-mâle) pour vaincre la mort (un parcours semblable attend John McClane/Bruce Willis dans "Piège de Cristal"). De ce point de vue, Mc Tiernan est beaucoup plus pessimiste qu'un James Cameron. Là où ce dernier voit la femme (virilisée) comme avenir de l'homme, Mc Tiernan expose une mise à l'épreuve, où l'homme doit régresser dans ce qu'il a de plus primaire pour obtenir la considération d'une femme. "Prédator" est aussi l'histoire de ce dépouillement progressif : d'abord la caricature arrogante et dérisoire de la virilité (mâchoires, cigare, chique et biscoteaux), la stratégie, la technique de détection. Ensuite le paroxysme symbolique des armes à feu, en deux temps : l'attaque du camp guérillero (victoire), puis le sulfatage exubérant de la forêt vierge (échec) qui aboutit à une mitrailleuse tournant à vide. Et enfin, le massacre progressif des membres du commando, la défense vaine, la fuite éperdue, le retour à l'arme blanche, aux cordages et à la boue originelle…



Mais Anna est aussi une voix. Celle qu'on ne cherche d'abord pas à comprendre, puis celle qu'on a besoin de traduire, et enfin celle qui révèle la nature du véritable ennemi : "Le diable chasseurs d'hommes. Le diable qui fait de l'homme son trophée". Bref, une voix poétique et métaphorique, qui souligne ainsi l'enjeu du combat final : chasser le monstre de cet atroce jardin d'Eden, en redevenant soi-même un monstre. Schwarzenegger remplit ce rôle à merveille, tout en bestialité hallucinée, et renvoie définitivement Stallone aux vestiaires. "Prédator", un chef-d'œuvre ? Oui. Il engrangera près de 55 millions de dollars. La bande originale est quasiment introuvable.

Tout en souhaitant éviter la prétention et en sachant bien que cela est un peu vain, je voudrais dédier cette critique à la mémoire de Kevin Peter Hall, mort du Sida en 1991 à l'âge de 36 ans, suite à une transfusion sanguine infectée. Ce fut ce géant de 2,19 m qui enfila la combinaison du "Prédator". Il joua d'ailleurs toutes sortes de monstres tout au long de sa courte carrière, notamment Bigfoot dans "Bigfoot et les Henderson", ainsi que le monstre du placard dans "Monster in the Closet", un film de la Troma.






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