RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Réalisation
Satoru Ogura

Scénariste
Satoru Ogura

Date de sortie
1985

Genre
barbaque et tripailles

Tagline


Cast
-


Pays
Japon

Production


Musique
-

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 3.5
(7 votes)
Une jeune femme est retenue prisonnière par trois hommes qui vont lui faire subir diverses tortures afin de tester les limites de l'être humain quand celui-ci est confronté à des douleurs physiques et mentales des plus insupportables.



La série des Guinea Pig ("cochons de Guinée" en anglais), réputée pour ses excès sanglants et son caractère malsain, nous provient d'Asie (du Japon plus particulièrement) et nous fait part de segments filmographiques ayant comme principal but de montrer des effets spéciaux sanglants plus ou moins convaincants et dans quels contextes nous pouvons les utiliser (le gore sérieux et malsain des opus 1 et 2, respectivement "Devil's experiment" et "Flower of flesh and blood", le gore répugnant et trash de l'opus 4 "Mermaid in a manhole", le gore comique des opus 3 et 6, respectivement "He never dies" et "Devil doctor woman"…).
Mais Guinea Pig c'est avant tout deux opus, "Devil's experiment" et "Flower of flesh and blood", tous deux réalisés en 1985 et désireux de nous montrer des sévices perpétrés sur une jeune femme en prise à des maniaques avides d'expériences trashs (premier opus) ou tout simplement adorateurs de la chair et de la couleur du sang (deuxième opus). Ces deux segments initiateurs de la série sont ce que l'on appelle des faux snuff movies.

De manière simple et sans trop rentrer dans des explications longues et fastidieuses, pour les lecteurs ne sachant pas ce qu'est un snuff movie, c'est tout simplement un film, plus ou moins long et dont la réalisation flirte bien souvent avec l'amateurisme, montrant une personne (ou un animal) subir des sévices devant la caméra. Le terme "snuff movie" a d'ailleurs été créé pour qualifier les tortures du tueur en série Charles Manson qui prenait plaisir, selon les rumeurs, à filmer avec l'aide de complices les meurtres et atrocités qu'il perpétrait.
Certains films regorgent de scènes que l'on peut qualifier de snuffs, c'est le cas notamment de la plupart des films de cannibales italiens ("cannibal holocaust", "cannibal ferox"…) qui contiennent des scènes de tortures d'animaux (on parle alors de snuffs animaliers) : égorgement, éviscération, démembrement… On se souviendra notamment des interviews de Ruggero Deodato et des soucis qu'il a rencontrés lors des premières diffusions de son célèbre "cannibal holocaust" (dans lequel nous assistons à des mutilations d'animaux dont la tristement célèbre scène de la tortue), histoires qui se sont réglées plus d'une fois au tribunal pour le réalisateur italien (on a même été jusqu'à lui demander ce qu'étaient réellement devenus les acteurs principaux de peur qu'ils aient subi le même sort que nos chers amis à quatre pattes ayant "collaboré" à la réalisation du film). Quoiqu'il en soit, toutes ces polémiques ont permis une publicité phénoménale pour le long-métrage de Ruggero Deodato, hissant son "cannibal holocaust" au rang le plus élevé des films de cannibales.

Cependant, à l'inverse des films de jungle précédemment cités, les deux premiers volets de la série Guinea Pig nous présentent de faux snuffs movies, tout n'étant que mise en scène et effets spéciaux fort réussis (à la manière d'une autre série culte de faux snuffs movies : les "face à la mort"). Cependant, cela n'empêcha pas certaines personnes de penser que de véritables meurtres avaient été perpétrés dans ces deux films : ce fut le cas notamment de l'acteur Charlie Sheen qui, en 1991, fit appel au FBI car il pensait être tombé sur un authentique snuff movie (il s'agissait du deuxième opus de Guinea Pig intitulé "Flower of flesh and blood" : segment le plus atroce et le plus saignant de la saga). Il aura fallu montrer à la police un making of de cet opus sanguinolent (disponible dans le coffret très complet de l'éditeur Oneplusone) pour que l'affaire soit définitivement classée. Là encore, comme pour le film de Deodato, ces affaires policières et juridiques ont permis une publicité énorme, permettant ainsi à la série d'être plus tard reconnue comme œuvre culte pour les adorateurs de cinéma extrême.

La parenthèse étant fermée et le contexte posé, commençons donc cette petite analyse sur le premier segment de la série des Guinea Pig : "Devil's experiment".



Ce premier épisode est d'autant plus mystérieux que l'on ne connait finalement pas beaucoup de choses quant à sa genèse mis à part que le film a été réalisé en 1985 par un certain Satoru Ogura (cependant, ces données ne referont surface que plus tard, le film ne donnant aucun détail là-dessus). En effet, aucun générique, que ce soit au début ou à la fin du film, n'est présent sur la pellicule. Le mystère reste total encore aujourd'hui en ce qui concerne l'identité des acteurs et des personnes ayant participé à l'élaboration du film.
Le film commence par ailleurs par un message mentionnant que vous êtes sur le point de visionner une vidéo expérimentale sur le point de rupture de la douleur physique et de la corrosion psychologique.
Tous ces éléments apportent à ce petit film d'une quarantaine de minutes un certain degré de réalisme confortant les suspicions à l'époque de la découverte de la pellicule (d'où provient ce film? Est-ce réel ou n'est-ce que fiction?).

Filmé de manière très amateur (aucune stabilité de la caméra à certains moments, cadrage parfois très approximatif, image granuleuse…), renforçant ainsi le côté très réaliste du film, "devil's experiment" montre en une quarantaine de minutes ce que l'on peut faire à un être humain pour tester ses limites en termes de douleurs et pour atteindre le seuil de perception des premiers symptômes de la démence. Feignant le snuff movie, "devil's experiment" est un pur outil posant là-même les bases du voyeurisme, du sadisme et de la barbarie.
Comprenant par ailleurs très peu de dialogues, exceptions faites pour les ordres et les insultes proférés par les tortionnaires vis-à-vis de leur cobaye, le film ne cherche en aucun cas à développer une quelconque galerie de personnages ou une quelconque intrigue : le principe même du snuff movie qui veut que l'on reste dans l'anonymat le plus complet. "Devil's experiment" est une œuvre graphique : du voyeurisme à l'état pur alimenté par une curiosité sans limite.

Les premières images du film nous montrent le corps d'une femme en position fœtale et inconsciente dans un filet suspendu au beau milieu de ce qui ressemble à une forêt ou une clairière. Là encore, le cadre est anonyme : aucun nom, aucun bruit de voitures, juste des arbres un peu partout nous faisant penser que nous sommes à quelques kilomètres de toute civilisation, dans un endroit tenu secret. Les toutes premières secondes du film le prouvent d'ailleurs : nous voyons la route qu'empruntent les ravisseurs via une séquence prise en voiture alors que nous nous dirigeons tout droit vers cet endroit à l'abri de tout regard.

Nous entrons dans le vif du sujet dès les premières minutes du film. La femme qui était dans le filet il y a quelques instants est à présent attachée à une chaise dans une pièce mal éclairée et aux premiers abords très vétuste. Trois hommes sont présents autour d'elle, difficile de les identifier aux premiers regards, ceux-ci préférant rester dans la pénombre ou tourner le dos à la caméra tandis que l'un d'eux se cache derrière des lunettes noires.
C'est alors que nous allons être plongés dans le calvaire de la malheureuse victime qui va se voir infliger de la part de ses trois tortionnaires divers sévices corporels, allant des plus softs aux plus atroces. Chaque torture est annoncée par un écran noir sur lequel figure en bas à droite un kanji (un idéogramme asiatique utilisé en écriture japonaise et chinoise) expliquant en quoi va consister le prochain "traitement" que vont administrer les trois ravisseurs à leur victime.



Les sévices infligés à notre victime démarrent sur les chapeaux de roue. Tout commence par des séries de claques, deux des tortionnaires frappant la jeune femme au visage tandis que le troisième lui tient la tête droite. Même si les premières claques sont peu convaincantes (la personne porte des gants et on perçoit très bien que le bruit du coup donné provient du clappement des deux mains et non de la main sur le visage de la victime), celles qui suivent sont bien plus réalistes, l'apparition d'hématomes sur la joue gauche de notre cobaye montrant la dureté des coups portés, tout comme le sang coulant de sa bouche laissant deviner des gencives éclatées sous l'impact des claques et des coups de poings. On notera également la prestation convaincante de la victime qui ne joue aucunement la surenchère (elle ne crie pas, semble tétanisée sur sa chaise, sans défense) et encaisse les coups dans le visage sans broncher, complètement sonnée.
Passé l'épisode des claques, ce sont ensuite des rouées de coups de pieds que va subir la jeune femme, trainée par terre alors que ses bourreaux s'en donnent à cœur joie chacun leur tour. Un segment ma fois assez long et très peu réaliste : voici certainement le premier point faible de "devil's experiment". En effet, là où ils auraient pu montrer un réel acharnement sur leur victime, nos trois hommes semblent plus s'amuser avec elle que de lui faire réellement mal. Pas besoin d'être un expert pour se rendre compte que deux coups sur trois ne touchent pas la malheureuse et discréditent totalement la séquence, alors qu'il aurait suffit de lui mettre des protections (un simple coussin sous ses habits) et de donner des véritables coups dedans comme cela est couramment dévoilé dans les making of de films d'action… Une grosse déception donc que cette scène peu réaliste alors que nous sommes censés regarder un snuff. A noter que ce sera l'une des rares séquences où nous aurons l'occasion de voir le visage des agresseurs.

La deuxième partie est déjà plus réaliste avec des tortures toujours assez classiques mais efficaces à en croire la jeune femme qui commence à craquer, alors que bien avant les claques l'avaient totalement sonnée. Les trois hommes vont commencer par lui pincer la peau au niveau du bras et du dos de la main (les phalanges plus précisément) à l'aide d'une grosse pince. Une séquence très bien réalisée, sans excès (alors que certains se seraient amusés à déchirer la peau), les spécialistes des effets spéciaux ayant pris en considération les propriétés élastiques de la peau permises entre autres par le collagène, renforçant le réalisme de cette séquence. Puis, ils attacheront la victime sur une chaise afin de la faire tourner sur elle-même dans le but de l'évanouir. Enfin, ils testeront son seuil de tolérance auditive en lui mettant un casque sur les oreilles et en lui passant en boucles durant 20h des bruits assourdissants (usine, scierie…) : une séquence qui montrera pour la première fois notre victime en train de craquer, elle qui avait été si docile jusqu'à présent montre à ce moment un premier dépassement de ses limites, ce qui va pousser ses tortionnaires à tester d'autres traitements pour obtenir le même résultat…

La troisième partie nous montre les premiers véritables effets spéciaux et maquillages du film (outre les hématomes sur la joue durant la séance de claques). Nos tortionnaires commencent à infliger des douleurs corporelles intenses : ils lui arrachent des cheveux à la seule force des mains, lui arrachent un ongle de la main (en gros plan : première scène choc) et lui versent sur le bras de l'huile à 150°C, provoquant l'hystérie de la jeune femme (une séquence très réaliste avec des effets saisissants : peau brûlée, plissée…).

La quatrième partie aurait pu être par contre dispensable car bien trop monotone : la victime se voit recouverte de vers puis d'entrailles de bêtes. Une séquence bien trop répétitive, bourrée de ralentis déplaisants et qui parait bien soft par rapport à ce que la jeune femme a déjà dû endurer… Certes, être recouvert d'entrailles saignantes, gluantes et puantes doit être une expérience pouvant s'avérer traumatisante mais je pense que la séquence aurait dû être allégée…



Enfin, nous arrivons à cette cinquième et tant attendue dernière partie dont beaucoup parlent car elle contient peut-être la scène la plus atroce des six épisodes de la série réunis. Suite à une incision au scalpel remarquablement bien faite et un broyage des articulations d'une main à l'aide d'un marteau, nous arrivons à la scène finale où nos trois sadiques percent l'œil gauche de leur victime (en passant par derrière l'œil et non devant comme l'avait fait par exemple le maître Fulci dans "l'enfer des zombies"!) à l'aide d'une aiguille chauffée au préalable. Ne lésinant pas sur les moindres détails (l'orifice oculaire qui se remplit de sang au moment où l'aiguille va percée la cornée de l'intérieur), filmé en gros plan, cette scène est presque insoutenable.

Pour résumer, ce premier épisode des Guinea Pig est une œuvre très malsaine, déconseillée aux âmes sensibles de part les sévices perpétrés sur la malheureuse victime. Malgré un manque de réalisme sur certaines séquences (la scène des coups de pied par exemple ou encore certaines expressions un peu bancales de notre victime, parfois si peu effrayée de ce qui lui arrive…) et un passage fort ennuyeux et maladroit (la scène du lâcher d'entrailles), ce film réalisé tel un snuff movie contient toutefois son lot de scènes frissonnantes (brûlures à 150°C, ongle arraché, œil percé…) sans parler du contexte tout simplement infâme et cruel utilisé pour poser les bases de ce faux snuff (l'expérience "médicale et psychologique"). Loin d'être le Guinea Pig le plus saignant ("flower of flesh and blood", le deuxième opus, se chargera de donner des flots d'hémoglobine), "devil's experiment" est en tout cas le plus malsain et le plus mystérieux encore aujourd'hui…

Certains diront "Quel intérêt y'a-t-il à voir ce genre de film vraiment malsain et sans raison d'être?". A cette question je répondrai que "devil's experiment" est avant tout une œuvre qui doit être vue comme une expérience à part entière et non comme un vulgaire film popcorn. C'est un film qui, malgré sa cruauté évidente, peut nous amener à nous poser diverses questions : La pire crainte de l'homme ne viendrait-elle pas finalement de l'homme lui-même? L'espèce humaine est-elle prédestinée à l'autodestruction? Jusqu'où peut-on aller dans les expériences, aussi douteuses, illégales et éthiquement injustifiées soient-elles?
Je ne m'étalerai pas là-dessus, préférant rester sur ma première impression : "devil's experiment" est un ovni certes cruel, malsain et sadique, mais c'est aussi un film expérimental désireux de nous montrer jusqu'où on peut aller en termes de réalisme dans l'horreur graphique et morale, dans l'unique but de mettre mal à l'aise les âmes les plus sensibles. Là-dessus, il suffit de regarder la dernière séquence du film pour se rendre compte que le pari est réussi haut la main.








Du même réalisateur :