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Todd Bowden est un beau jeune garçon, de famille aisée, et excellent élève. Surtout en histoire. Le cours sur l'Holocauste déclenche chez lui une fascination morbide pour le régime nazi et les exterminations opérées par ce dernier. Un soir, il reconnaît dans le bus qui le ramène chez lui un vieil homme d'apparence ordinaire : il s'agit en fait de Kurt Dussander, l'un des officiers nazis ayant participé aux exterminations de Patin en 1943/1944 (plus de 90 000 morts), réfugié sous un faux nom aux Etats-Unis et recherché depuis plus de quarante ans par la justice et l'Etat d'Israël. Todd va prendre contact avec lui de façon abrupte : soit Dussander lui raconte tout ce qu'il veut savoir, soit il le dénonce aux autorités. Commence alors une partie d'échec redoutable, une amitié perverse et viciée entre deux monstres : un homme dont le passé ignoble et coupable refait surface, et un garçon avide de découvrir le mal et d'exercer sa puissance.



On ne trouve quasiment plus aucun article ou critique sur ce film, sinon stéréotypés ou dans un contre-sens des plus douteux. Il ne faut pourtant pas oublier qu'à sa sortie, "Un Elève Doué" a fait scandale, et qu'on a même tenté d'interdire sa projection. Et il faut dire pourquoi.



Ce n'est pas en raison des scènes gores, puisqu'on n'en trouve aucune dans ce film. Le scénariste a en effet intelligemment adapté pour le grand écran la longue nouvelle de Stephen King, l'une des rares à ne contenir aucun élément fantastique ou d'horreur pure comme on l'entend habituellement (la fin de la nouvelle, par contre, est beaucoup plus radicale). Durant une heure et demie, pourtant, la tension ne cesse de monter, le malaise et l'effroi de grandir. Le face-à-face en huis clos entre Todd et Dussander déclenche des émotions diverses et contradictoires, et conduit à des scènes de violence (aussi bien psychologiques que physiques) presque insoutenables. Les acteurs sont remarquables (Ian McKellen méritait un Oscar), et Bryan Singer joue avec nos nerfs avec une admirable résolution. Par exemple, la scène où Dussander enfile l'uniforme nazi que vient de lui offrir Todd est proprement magistrale.



Là où les foudres se sont déchaînées, c'est qu'Un Elève Doué va à l'encontre du discours bien-pensant que nous avons l'habitude d'entendre et même de partager à propos de l'Holocauste. Dans la mesure où Todd est un bon élève, qui a tout pour lui, et où c'est précisément son travail de mémoire qui s'avère générateur d'un désastre, ce film (tout comme la nouvelle de Stephen King) remet en cause l'idée qu'il suffit de se souvenir et de savoir pour ne pas recommencer les monstruosités passées. Un scandale, pour une société qui fait passer le savoir pour la panacée de tous les maux, et qui cache ainsi sa propre volonté de puissance (à ce titre, la scène de la remise des diplômes, avec la parabole d'Icare, est exemplaire).



Un autre détail qui a pu outrer la critique française : ce n'est pas pour rien que le conseiller d'orientation de Todd, dupé et impuissant (et joué par David Schwimmer), s'appelle Edward FRENCH. Un simple rappel d'Histoire. Le film est toujours interdit aux moins de 16 ans. Un vrai scandale.