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C'aurait put être une critique sociologique sur l'ère post-Vietnam, sur la paupérisation de l'Amérique ou tout simplement sur les clochards… "Street Trash" n'est rien de tout ça, et ne prétend en aucun cas en être. "Street Trash" c'est en fait une bande d'étudiant qui souhaitaient tester les limites de ce qui peut être montré à l'écran. A Manhattan vit une population de clochards. En marge de la société, ils tentent de survivre dans une casse. Cependant entre les policiers zélés, les rivalités entre les bandes et un alcool frelaté, l'espérance de vie de cette micro-société est en constante régression. Ce sont toutefois les fioles de Viper, qu'un épicier a trouvé dans le fond de sa remise, qui font le plus de ravage. Une lampée suffit pour transformer l'assoiffé en baudruche multicolore…



"Street Trash" a acquis une importante réputation au fils des festivals, des éditions et de ses diffusions ; à cela, plusieurs raisons.

La première, celle qui frappe le plus l'œil du spectateur, ce dès la première seconde du film, est la maîtrise technique dont fait preuve le métrage.
Si la steadycam n'en était alors qu'à ses débuts, Jim Muro, étudiant en cinéma, réussit à s'en procurer une. C'est avec cet outil innovant que ce dernier va tourner la quasi-totalité des plans du film. Non content d'utiliser cette technologie, Jim va la transcender. En effet le jeune homme va s'essayer à des cadrages et mouvements osés. Des poursuite avant rapides (à l'instar de "Evil Dead") jusqu'au loopings, rien ne serra épargné pour mettre à l'épreuve les tripes du spectateurs.



La mise en scène énergique (énervée) est soutenue par des effets gores saisissant, signés Jennifer Aspinal ("toxic avenger – the"). L'un d'entre eux est ainsi rentré dans les annales du cinéma : un clochard se liquéfiant littéralement dans une cuvette de toilettes, avec forces gerbes multicolores. Probablement le film doit-il une majeure partie de sa réputation à cette scène, symbolique du propos du métrage. Le but étant d'atteindre un degré d'abstraction tel, que le spectateur rira devant les scènes les plus horribles.

Le film datant de 1987, les effets spéciaux se résument donc à une importante galerie de maquillages. Le choix de Jennifer Aspinal d'utiliser nombre de couleurs vives, (r)ajoute à "Street Trash" un aspect cartoonesque.



C'est ainsi que le but avéré du film n'est autre que de faire imploser l'œil et le cerveau du spectateur.
Pas de critique pompeuse d'une Amérique décadente – même si certains ont pu déceler une chronique sur le milieu des sans-abris dans une grande métropole – pas de volonté affiché de faire réfléchir… Bien au contraire, Jim Muro et sa bande de joyeux lurons ne désirent rien de plus que d'éprouver les limites du cinéma.

Avec une démarche proprement post-moderniste, Muro s'affaire à déconstruire tout ce qu'Hollywood avait jusqu'alors fondé. Toute cette politique d'autocensure, de politiquement correct, reposant sur des années de tyrannie des grands studios (Universal, 20th Century Fox…)… noyé dans les gerbes colorés des clochards alcooliques de "Street Trash".

En outre, les séquences de "fondue de clochard" ne sont pas sans rappeler Dali, Miro…



Contrairement à cette autre forme d'art, le cinéma détient un avantage : la possibilité de dépeindre des scènes "vivantes" (entendre en mouvement). Cependant il doit aussi répondre à un certains cahier des charges, les moyens mis en œuvre étant coûteux, il est nécessaire pour le 7ème art d'attirer le public le plus large possible.
Ce faisant, si "Street Trash" est, tel que présenté aujourd'hui, un monument du mauvais goût, il n'en demeure pas moins édulcoré. En effet, une scène (en particulier) en a été extraite car le public y a mal réagit. Lorsque Fred attire la prostituée dans son antre, le montage test se déroulait comme suit :
Le clochard tente de pénétrer la femme en levrette ; il lutte, manifestement, quelque chose compromet son entreprise. Il tâte alors l'appareil génital de la dame et en extrait un tampon ensanglanté (lequel finira son existence écrasé sur le visage de l'un des voyeurs) pour finalement sodomiser violemment la donzelle.

"Street Trash" aurait put atteindre d'autres sommets du mauvais goût et de l'irrévérence, cependant il en a été décidé autrement… Ce qui n'altère en rien le statut culte du chef d'œuvre de Jim Muro.

Jim Muro a renié son film pour des raisons de convictions religieuses. Il est dernièrement revenu à la réalisation avec la série "The substitute", mais il est désormais surtout connu comme steadycamer de génie ("Titanic", "Casino", "X-men2"…).






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