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De son véritable prénom Frédérick, Freddie Francis voit le jour vers la fin de la première guerre mondiale dans le quartier d’Islington à Londres. Très tôt attiré par la photographie et les métiers du cinéma, le jeune Frédérick va intégrer la prestigieuse firme anglaise HAMMER pour ne plus la quitter pendant de très longues années. Il est aujourd’hui encore l’un des artisans de la réussite de la firme et demeure comme un réalisateur de talent ainsi qu’un directeur de la photographie prestigieux.

Ce grand Monsieur du cinéma mondial débute sa carrière dans la photographie en 1956 sur le film "Commando en Corée" en 1956, l’année où il rencontre le nom moins illustre réalisateur Joseph Losey avec qui il collabore sur "Temps sans pitié". Rapidement son œil aiguisé devient une référence dans le milieu cinématographique et la fin des années 50 lui permettent de travailler avec de grands noms. Ainsi en 1959 il enchaîne le tournage de "La bataille des sexes" de Charles Crichton et surtout "Les chemins de la haute ville" de Jack Clayton avec Simone Signoret qui vaudra à l’actrice française l’Oscar de la meilleure actrice (la seule à ce jour avec Juliette Binoche à avoir reçu cette récompense).

Les années 60 débutent et Freddie va commencer à flirter avec le cinéma fantastique qui va faire sa renommée, aussi bien en tant que photographe mais essentiellement comme réalisateur mythique. Et surtout vous allez découvrir un homme d’une grande fidélité artistique, que ce soit avec des réalisateurs ou acteurs. Il n’a pas 5 années de métier qu’il remporte son premier Oscar pour la photographie sur le film "Amants et fils" de Jack Cardiff en 1960. Et c’est un an plus tard qu’il retrouve Jack Clayton pour "les innocents", l’histoire de deux enfants élevés par une jeune institutrice, tourmentés par des fantômes dans un manoir… Premier pas dans le fantastique donc avec pour le début des années 60 la réalisation de "the brain" en 1962, suivi de "paranoiac" avec Oliver reed ("les diables") en 1964 ; également l’année de sa contribution à "Nightmare"

Une incursion qui nous amène dès lors dans l’univers fantastique, gothique, sublime (j’ai encore pleins d’adjectifs mais pas assez de place, rires) de la HAMMER.
Nous sommes en 1964 et Freddie réalise "l’empreinte de Frankenstein" : le baron Frankenstein retrouve sa créature sans vie et demande l’aide d’un hypnotiseur pour la réanimer… Peter Cushing est au casting et c’est le début d’une très longue collaboration comme vous allez pouvoir le constater. En 1965, il réalise le segment "le train des épouvantes", avec Peter Cushing et Christopher Lee ("dracula prince des ténèbres"). Cette même année sort "crane maléfique", toujours avec Peter Cushing : un amateur de sciences occultes acquiert le crane du Marquis de Sade, doté de mystérieux pouvoirs…
Il retrouve Patrick Wymark pour "the psychopath" ( "répulsion" de Polanski) en 1966, avant d’enchaîner sur le tournage de "le jardin des tortures", autre films à sketches avec Peter Cushing, Jack Palance et Burgess Meredith (Mickey, l’entraîneur de Rocky, c’est lui !).

Les années 60 sont l’âge d’Or de la HAMMER et le personnage de Dracula remplit les caisses. En 1968, il s’attelle à "dracula et les femmes", avec Christopher Lee dans le rôle titre, et Veronica Carlson ("the ghoul", "le retour de Frankenstein", "les horreurs de Frankenstein"). Il démarre les années avec "Trog" qui compte au générique la divine Joan Crawford. En 1973, c’est la sortie de "Craze" avec Jack Palance, ou l’histoire d’un antiquaire qui sacrifie des femmes au service d’une idole africaine…
C’est également les retrouvailles avec Peter Cushing et Christopher Lee pour "la chair du diable", excellent segment qui narre l’histoire d’un scientifique confronté à un squelette dont la chair se recompose au contact de l’eau…
En 1974, il donne un rejeton au prince des ténèbres avec "le fils de dracula" qui compte au casting Harry Nilsson et Ringo Starr (oui, le beatles) : une comédie horrifique sans grande prétention. En 1975 il retrouve Peter Cushing et Veronica Carlson pour "the ghoul" ainsi que John Hurt ("elephant man"). C’es aussi l’année de "legend of the werewolf", toujours avec l’indispensable Peter Cushing.

Les années 80 sont là, et Freddie Francis va se tourner alors principalement vers son travail de Directeur de la Photographie. Et pour inaugurer la décennie, rien de tel qu’un chef d’œuvre : il rejoint David Lynch pour "elephant man", avec qui il collaborera encore par la suite.
En 1982 il apporte son "œil" sur "le chant du bourreau" : l’histoire vraie du tueur Gary Gilmore qui milita pour sa propre exécution, avec Tommy Lee Jones en vedette ("tueurs nés").
Il retrouve David Lynch en 1985 sur le tournage de "dune", avec John Hurt et Anthony Hopkins ("le silence des agneaux") au générique. Il retourne alors derrière la caméra le temps de réaliser "le docteur et les assassins", un médecin qui s’offre les services de pilleurs de tombes afin de se fournir en cadavres… Il termine la décennie avec le tournage de "dark tower" en 1987, qu’il co-réalise avec Ken Wiederhorn ("le retour des morts-vivants 2", "le commando des morts-vivants"), dans lequel on retrouve une habituée du genre, Jenny Agutter ("chucky 2 - la poupée de sang").

Tout comme il avait débuté les années 80 avec un chef d’œuvre, il rejoint Edward Zwick pour le tournage de "Glory" en 1990 : Matthew Broderick et Cary Elwes ("saw") sont au casting, et Freddie en smoking pour la cérémonie des Oscars. Il y décroche sa seconde statuette pour son travail de photographie, 30 ans après sa première récompense : so chic.
Il enchaîne en 1991 avec "un été en Louisiane" de Mulligan, puis collabore sur le remake de "Cape fear", où Martin Scorsese fait appel à lui pour immortaliser le duel Nick Nolte / Robert de Niro dans "les nerfs à vif 1991".
Il retourne derrière la caméra une nouvelle fois en 1996 pour "les contes de la crypte" en réalisant le segment "last respect", puis David Lynch s’adjoint une nouvelle fois ses services de photographe sur le plateau d’ "une histoire vraie". La clôture d’une carrière extrêmement riche, devant et derrière la caméra, par un homme amoureux du 7e Art, que son pays natal n’a cessé de récompenser durant toutes ces années.

Freddie Francis, nous a quitté il y a quelques jours, le 17 mars exactement, à l’âge de 89 ans.
Une disparition au goût HAMMER.

Christophe JAKUBOWICZ
Le 21 mars 2007



Lionel Colnard