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Les parents de Daria font des métiers très éloignés de l'univers de la culture. En effet, l'un est avocat et l'autre est philologue (personne qui étudie les langues anciennes). Sa jeune soeur suivra en revanche le cursus familial et fera d'ailleurs carrière dans le professorat universitaire. La jeune Daria n'avait donc pas les bases pour travailler plus tard dans l'horreur et le macabre. Un penchant pour l'occultisme qu'elle apprend auprès de sa grand mère. La jeune fille passe donc pour le vilain petit canard de la famille. Elle franchira très vite le Rubicon en décidant de devenir comédienne. En 1967, la jeune et belle Daria quitte la maison familiale pour l'Académie Nationale des Arts Dramatiques à Rome.

Avant de devenir l'égérie et la muse de Dario Argento, Daria Nicolodi, fait ses débuts dans le drame de guerre "Againt the Men"(1970) dans le rôle d'une infirmière. Elle poursuit ensuite dans "Salomé" ou encore dans "The Property is not a Theft"(1973) d'Elio Petri, qui reçut un ours d'or au festival de Berlin. Mais le véritable coup de foudre artistique sera la vision de "L'oiseau au plumage de cristal"(1969). Le film lui fit une telle sensation qu'elle fit tout pour rencontrer le jeune maestro. Peu avant de faire la rencontre de celui avec qui elle va partager bien des aspects intimes ainsi qu'artistiques, Daria donna naissance à sa fille aîné Anna, née d'une liaison avec le sculpteur Mario Ceroli.

Le coup de foudre avec Dario Argento sera instantané et le réalisateur lui proposera d'incarner la journaliste Gianna Brezzi, dans "Les frissons de l'angoisse", où elle doit affronter un mystérieux tueur aux motivations bien obscures. La même année que ce film qui lança véritablement sa carrière Daria et Dario (qui ne furent jamais marié!) donnèrent naissance à un autre fruit de leur travail en commun: Asia Argento. Daria Nicolodi ne mit pas pour autant sa carrière entre parenthèses puisqu'elle s'attelle de très près au prochain film de Dario: "Suspiria". Un film très inspiré de son attirance pour la sorcellerie Pour l'occasion, Daria retiendra un partie du livre de de Quincey, Confessions of an Opium Eater, "Suspiria de Profundis" qui traite des Trois Mères, sorcières maléfiques, qu'elle utilisera pour le scénario du film. Ce qu'elle ignore alors lors de la pré-production de "Suspiria", c'est que le rôle principal de Suzy Bannon va lui échapper pour échoir à l'américaine Jessica Harper ("Phantom of the Paradise"), certainement du fait du distributeur américain. Fortement vexée, Daria refusera ensuite de jouer dans un rôle secondaire. Elle se rattrapera en 1980 avec "Inferno", second volet de la trilogie des Trois Mères. Un film véritablement effrayant et troublant où contre toute attente, elle sera l'une des victimes de la " Mater Tenebrarum ".

Pour autant, la jeune actrice n'est pas attachée uniquement à Dario Argento. Nous la retrouvons en 1977 dans "Shock, les démons de la nuit", dernier film sur grand écran de Mario Bava. Actrice principale de ce thriller choc, elle doit affronter les changements qui s'opèrent dans son fils qui semble comme possédé par une force obscure. Elle y prouve si besoin était à ceux qui la considèrent comme une vulgaire scream queen qu'elle peut apporter à un rôle, force et sensibilité.

Dans les années 80, elle joue dans "Ténèbres", où elle se retrouve catapultée dans les derniers jours précédant le tournage dans la peau de la collaboratrice de l'écrivain. On imagine bien la réaction qui fut la sienne lors de ce changement impromptu. Elle ne se gênera pas pour le faire savoir. Elle stoppera nette sa collaboration amoureuse puis artistique avec Dario Argento à la suite de "Terreur à l'Opera" (1987). Comme perdu sans sa muse, l'oeuvre d'Argento ne sera plus la même.

Daria entre deux films d'horreurs fait des infidélités à son genre de prédilection puisqu'en 1985, elle joue dans la comédie "Maccheroni" où elle se retrouve à côté de vrais légendes du cinéma, Jack Lemmon et Marcello Mastroianni.

A la fin des années 80 elle poursuit sa trajectoire cinématographique en retrouvant Lamberto Bava (c'est que la famille du cinéma d'horreur à l' italienne est toute petite!) pour les giallos "Delirium" et "Le maître de la terreur". Toujours en 1989, elle s'illustre dans "Paganini Horror" ("Le château de l'horreur") de Luigi Cozzi, près duquel elle a aussi collaboré sans en être créditée comme scénariste sur "Démons 6" (aka " Le chat noir ").
Les années 90 la voient disparaître du cinéma fantastique (qui est alors en plein déclin). Mais en plus s'y ajoute une raison personnelle extrêmement forte et douloureuse: la mort de sa fille aînée Anna dans un accident de scooter en 1994. Il n'y a rien de plus douloureux pour une mère que la mort d'un de ses enfants. Femme blessée dans sa chair, Daria prendra bien évidemment du recul avec son métier. Comme une sorte de catharsis , son autre fille Asia, lui fera jouer un rôle dans le semi autobiographique "Scarlet Diva".

Immortalisée dans le livre " Deep Red Diva " en 1995, Daria Nicolodi, accepte de retourner à ses premiers amours dans le très attendu troisième opus des " Trois Mères ": "Mother of Tears" où elle incarnera la Mère du titre en question (un rôle qui pourrait coller fort bien avec cette mère endeuillée). Ce film marquera les retrouvailles avec Dario Argento, mais aussi avec sa fille Asia qui y tient le rôle principal. Et c'est pour le spectateur que nous sommes un grand plaisir de retrouver cette grande dame, femme de caractère et qui déteste la langue de bois.

Gérald GIACOMINI
Le 09/12/2006



Lionel Colnard