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Dans la grande famille du cinéma fantastique, Guillermo fait office de poète. Il suffit de l’écouter dans ses interviews mais surtout de contempler son travail pour s’apercevoir que l’homme est sensible et généreux. De par son physique aussi, cette bonhomie qui le rend si attachant et intéressant. Guillermo est resté un enfant assurément. Et qui compte dans le cinéma de genre désormais.
Il voit le jour au Mexique à l’automne 1964 et poursuit une enfance somme toute normale jusqu’à son adolescence. Rapidement il s’oriente vers des études cinématographiques. Et quelles études ! Il étudie en premier lieu l’art du maquillage et des effets-spéciaux aux côtés de Dick Smith, le magicien, responsable de "l’exorciste" pour ne citer que cette œuvre parmi d’autres. Il passera d’ailleurs 10 ans de sa vie à exercer ce métier en allant jusqu’à créer sa propre compagnie, Nécropia, avec laquelle il travaillera abondament pour la télévision mexicaine.

Il réalise son premier film fantastique en 1993 avec "cronos", en offrant une vision du vampirisme originale et très loin des clichés habituels du gourmand aux canines acérées, à l’instar de Tony Scott et "les prédateurs". "cronos" est un film brillant, douloureux, émouvant, et la profession ne s’y trompe pas ; aussi bien nationale qu’internationale, la critique le noie de récompenses, avec entre autres pas moins de 9 "Ariels" dans son propre pays (l’équivalent de nos Césars).
Le succès de "cronos" va permettre à Guillermo de s’envoler à Hollywood pour sa première réalisation américaine. En 1997, il tourne "mimic", un film de monstre dans un univers urbain où sa passion pour les insectes est très présente. Une imagerie avec celle de la religion que l’on s’habituera à retrouver régulièrement dans ses futures œuvres.

Au cours du tournage, il apprend le kidnapping de son père (dont l’issue sera heureuse) et ce tournage reste pour lui un douloureux souvenir. Aujourd’hui encore, lorsqu’il visionne le film, le monstre qui lui apparaît est le fantôme de cette épreuve et non plus celui qu’il à créé.
Il retourne alors en Europe en 2001 (en Espagne précisément) pour tourner "l’échine du diable" produit par Almodovar, à forte connotation religieuse (le catholicisme) ; le succès là aussi sera au rendez-vous et les récompenses suivront. Fort de ce nouveau succès, les sirènes américaines le rappellent afin de réaliser "blade 2" où Guillermo retrouve Wesley Snipes dans le rôle titre, et impose dans cette séquelle sa science de la couleur.

Un univers coloré qui va faire merveille deux ans plus tard dans son magnifique "hellboy" qu lui trottait dans la tête depuis un moment. Entre temps et pour en débuter la réalisation, il déclinera les offres qui lui seront faites de tourner "blade : trinity" et "harry potter : le prisonnier d’azkaban". Et le casting d’"hellboy" n’aura pas été une mince affaire. Guillermo va se battre très longtemps avec les studios afin d’imposer Ron Perlman dans le rôle principal. Les studios, soucieux de rentabilité exigeaient une tête d’affiche "bankable" pour le film mais Del Toro tient bon et impose son acteur. Le film est un triomphe mondial et impose un visuel détonnant, sombre et poétique à la fois. Le casting est royal et le scénario du cousu main. Il y tient même un petit rôle dedans, celui de l’homme déguisé en dragon. Guillermo est à l’apogée de son art et l’on se demande bien comment il va continuer de nous surprendre.

Deux années seront suffisantes pour nous remettre l’eau à la bouche : "le labyrinthe de pan" sort en 2006 et se retrouve sélectionné à Cannes en compétition officielle (plutôt rare pour un film de genre il fallait le souligner). Le film ne remporte aucun prix mais remporte un succès un peu partout en Europe. Le film est un véritable conte, d’une poésie belle et cruelle à la fois et le casting fait merveille. Ses personnages fantastiques sont de toutes beautés et les décors fabuleux font une fois de plus honneur à l’imagerie fantastique.

Pour l’heure, Guillermo ne chôme pas et travaille sur pas moins de 4 projets. Tout d’abord "hellboy 2" puis "les montagnes hallucinées" d’après le roman de H.P Lovecraft où des scientifiques partis en Antarctique vont être en proie à des visions inquiétantes. Puis c’est le cirque qui servira de base au futur "deadman" qui narrera l’histoire d’un acrobate assassiné capable de posséder le corps des vivants, et qui partira à la recherche de son meurtrier. Enfin il a en projet également le tournage de "the witches" d’après l’œuvre de Roald Dalh, l’auteur de "charlie et la chocolaterie".
Un film de Guillermo de Del Toro est identique à un repas gastronomique. Le travail est minutieux jusque dans les moindres détails, le discours d’une intelligence innée, et l’humour de l’homme nous renvoie à cette bonhomie physique qu’il porte à merveille, ce qui n’était pas forcément le cas il y a quelques années. En effet pour l’anecdote, Guillermo est devenu végétarien (durant 4 ans, il ne l'est plus aujourd'hui) le jour où il a visionné pour la première fois "massacre à la tronconneuse" (rires). Un de ses films cultes. Un homme de goût je vous l’avais dit.

Christophe JAKUBOWICZ
Le 25 janvier 2006.



Lionel Colnard
LUMIèRE SUR