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Né le 18 juillet 1938, celui qui sera surnommé le Hollandais violent, va passer les premières années de sa vie dans un pays sous occupation nazie. Au point que cela lui renvoie une image négative et trouble de l'humanité. Avant de se lancer corps et âmes dans le cinéma, Verhoeven, mène des études plus classiques, obtenant un doctorat en mathémathiques et physiques en 1964. Il bifurque assez vite en se lançant dans les courts métrages, un moyen de se faire remarquer par d'éventuels producteurs.

Durant son service militaire dans la marine hollandaise, il se charge de réaliser un documentaire faisant l'éloge de la marine de son pays qui a pendant des siècles dominé les mers. De retour dans la vie civile, il fait montre de son talent récent en mettant en scène une série, "Floris", une histoire moyennageuse lorgnant du côté d'Ivanhoé. Plus qu'anecdotique, cette expérience lui permet de rencontrer Rutger Hauer, qui va vite devenir son acteur fétiche... et qui sera la vedette de son premier film américain: "La Chair et le Sang". Il est intéressant de constater à quel point la période hollandaise (jusqu'au milieu des années 80) trouve son pendant dans l'aventure américaine. Avec "La chair et le sang" (1985), Verhoeven relate une histoire d'amour tragique (avec forte connotation érotique, la marque de fabrique du réalisateur!) qui se déroule durant la fin du Moyen-âge. Entre scènes de combats violents et amours forcés (viol), le réalisateur hollandais dresse un portrait édifiant (mais réaliste) de toute une époque.

Parmi les films de sa période hollandaise, " Business is business" (qui traite de la prostitution), "Turkish Delight" (une passion amoureuse dévastratrice), "Le quatrième homme" (qui annonce déjà le troublant "Basic Instinct"), "Katie Tippel" (brouillon de "Showgirls"), "Soldier of Orange" (sur la guerre)... Mais c'est "Spetters" qui fera le plus scandale. Au point de provoquer la création d'un parti anti Spetters! Une forme de reconnaissance, mais fatigué d'être critiqué et incompris, Paulo décide d'accepter de tourner des films à Hollywood, avec les risques de s'y voir bridé.

Après avoir fait ses preuves avec "La chair et le sang", Verhoeven va se faire une réputation avant tout dans la SF. Les noms de ses hits: "RoboCop" qui traite de la dérive policière tout en imprégnant le grand spectacle made in hollywood d'une forte charge violente, "Total Recall" où Schwarzenegger au top de sa carrière se voit mêlé dans une complexe affaire de manipulation, "Starship Troopers" ou comment faire dévier un bouquin douteux sur le plan des idées en une critique de l'impérialisme! Entre ces films, il s'essaie au thriller hitchcokien mélangé à une ambiance trouble ("Basic Isntinct"). L'une des caractéristiques des personnages de ces films est que la frontière entre le bien et le mal n'est pas manichéenne. Il n'y a ainsi pas de héros au sens classique du terme. Ce qui fait de ces films des oeuvres uniques.

Même ses films américains mineurs valent mieux que leur petite réputation. Comme "Showgirls", sorte de documentaire sur les dessous de Las Vegas. L'occasion pour le metteur en scène de laisser libre cours à ses penchants les plus vicieux. Il poussera l'humour jusqu'à chercher lui-même sa "Framboise d'or" récompensant les nanars!

La rupture avec le système des producteurs va avoir lieu avec "L'homme sans ombre" (2000), où exit l'érotisme habituel de ses films. Il y avait pourtant matière à faire. Heureusement, il se rattrape du côté de la violence, avec des scènes saignantes à souhait. Le réalisateur se dira fort mécontent du résultat final. Depuis, à l'instar d'un John Carpenter, Verhoeven est en rupture avec le système, et espère bien trouver des financements pour ses prochains films en se tournant vers l'Europe. Un retour aux origines. Regrettable de voir autant de talent laissé de côté.

Gérald Giacomini.



Lionel Colnard