RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Clive Barker naît près du célèbre quartier chanté par les Beatles, Penny Lane, situé à trois kilomètres du cœur de Liverpool. Très tôt, il commence à dessiner et colorier les images de ses rêves, de ses cauchemars et de son imagination. Sa mère, Joan Barker, est d’origine italienne, et montre une formidable capacité à raconter des histoires étranges venues de nulle part, qui fascinent le petit Clive. Du côté de son père, Léonard Barker, la famille est irlandaise, et la grand-mère paternelle, qui vivra jusqu’à l’âge de 97 ans, prend un plaisir pervers à relater en présence des enfants les faits divers les plus horribles, avec une prédilection toute particulière pour la façon dont sont enterrés les gens.

A l’âge de 7 ans, celui qui deviendra l’un des maîtres de l’imaginaire et de l’horreur passe déjà des nuits entières assis sur son lit, à se demander pourquoi certaines choses sont occultées dans la vie de tous les jours. Petit, gros et faiblard, nul en sport mais excellent en art et en anglais, Clive Barker déteste l’école (surtout les maths et les sciences) et sa ville l’ennuie. Son héros préféré est Peter Pan, son monde favori celui de "Never Never Land". Sa crainte la plus vive est d’être assassiné, phobie qui trouvera un écho saisissant lorsque l’un de ses voisins, adolescent brutal et terrorisant, sera arrêté pour meurtre.

Il commence à lire les œuvres de Christopher Marlowe, William Shakespeare, William Blake, Edgar Allan Poe, Ray Bradbury, Fritz Leiber, Arthur Machen, Lord Dunsany, mais aussi, en bon fils d’Italienne et d’Irlandais, la Bible catholique, qu’il considère comme un roman. Par contre, H. P. Lovecraft ne lui inspire qu’un profond ennui (il le trouve "constipé"). Ses livres préférés, "The Pan Books of Horror Stories" (anthologie de récits horrifiques recueillis par Herbert Van Thal de 1959 à 1983) et "Tales of Mystery and Imagination" (Edgar Allan Poe), affirment son désir d’inventer des histoires, ce qu’il ne se prive pas de faire oralement avec ses camarades, mais n’ose concrétiser à l’écrit. Une honte qui persistera jusqu’à ce qu’un jour Ramsey Campbell, qui allait devenir l’un des tenants de l’horreur anglaise, ne vienne dans son école faire une conférence intitulée: "Pourquoi l’horreur ?". La première nouvelle de Barker (1966) s’intitulera "The Wood on the Hill".

Barker veut également être peintre (son artiste préféré est Goya), et le cinéma, qu’il découvre un peu plus tard, l’interpelle également: il adore "Psychose" de Hitchcock, mais aussi les films de Jean Cocteau ("Le Sang d’un Poète", "La Belle et la Bête", "Le Testament d’Orphée") et de Georges Franju ("Le Sang des Bêtes", "Les Yeux sans Visage", "Judex").

Après un parcours scolaire sans histoire, il concèdera trois années à la Liverpool University pour calmer l’inquiétude de ses parents, qui refusent de le voir partir dans une école d’art, lieu présupposé de "décadence" et de "dépravation". Il y étudie la littérature anglaise et la philosophie, explore les plaisirs de la chair et approfondit en secret sa haine des limites imposées par l’éducation, la religion et toute forme d’autorité. Il commence à écrire des pièces de théâtre, qu’on peut rapprocher de la tradition française du grand guignol. Ses thèmes de prédilection : mondes imaginaires, passions, horreur crue et sanglante, érotisme et rêves. Les titres : "History of the Devil" (actuellement en remaniement pour une mini série TV), "Frankenstein in Love", "Subtle Bodies", "The Secret Life of Cartoons" et "Colossus" (d’après les peintures de Goya).

En 1970, le jeune homme tourne son premier court métrage en 8mm, "SALOME", inspiré librement de la pièce interdite d’Oscar Wilde (1891) et du mythe biblique où, après une danse lascive, la jeune Salomé obtient du Roi Hérode la décapitation de Jean-Baptiste. Puis en 1971, il commence à tourner en 16mm son second court-métrage, "The Forbidden", variation lointaine sur l’œuvre de Marlowe, "Dr Faustus" (1603), où un homme franchit les limites de la folie et de la souffrance pour connaître une vérité cachée. Voici un extrait de la pièce de Marlowe, qui pourrait résumer une bonne part de l’univers barkerien :

"La Philosophie est odieuse et obscure, le Droit et la Médecine ne sont, à eux deux, que pour les âmes étroites. La Théologie est plus vulgaire encore! Haïssable, aride, méprisable et vile! Art magique, toi seul m’enchantes!" (Traduction de Charles Le Blanc).

Les deux courts métrages sont en noir et blanc et, dans les deux cas, influencés par un nombre impressionnants de références picturales, photographiques et cinématographiques.

En 1973, à l’âge de 21 ans, c’est enfin le grand départ pour Londres. Clive Barker s’immisce rapidement dans le milieu underground et y fondera au fil du temps plusieurs compagnies de théâtre (Theatre of Imagination, The Mute Pantomime Theatre, The Dog Company et Cockpith Youth Theatre). Il en est bien sûr le dramaturge et le metteur en scène, mais aussi le comédien à l’occasion. Tandis qu’il finalise plus ou moins "Salomé" en 1973 et "The Fordidden" en 1978, de nombreuses pièces de théâtre s’ajoutent à celles déjà écrites : "The Fish Bride", "Poe", "The Egg", "Grünewald’s Crucifixion", "A Dream", "The Wolfman", "A Clown’s Sodom", "Day of the Dog", "The Magician", "The Sack", "Nightlives", "Dangerous World", "Paradise Street" et "Crazyface". Encore loin de manifester la maîtrise qui le distingue aujourd’hui, chaque pièce est néanmoins un effort pour repousser les limites de ce qui peut être montré sur une scène, tout en utilisant un langage travaillé (il renoue en cela avec le théâtre élisabéthain, ultraviolent et poétique). Et toujours, il dessine et peint. Ses illustrations centrales pour un magazine SM sont d’ailleurs saisies par Scotland Yard et brûlées, ce que Clive Barker considère comme un immense honneur.

Durant la même période, il travaille sur les nouvelles et les romans qui vont amorcer sa célébrité dans le genre. Les "Livres de Sang" ("Books of Blood", 1984) constituent en effet un renouvellement drastique d’à peu près tous les thèmes traditionnels du fantastique et de l’horreur (fantômes, monstres, diables, démons, zombies, pouvoirs surnaturels, serials killers, animaux féroces, maisons hantées, perversions, etc...), chaque histoire étant tatouée par le peuple des morts à même la chair de Simon McNeal, jeune faux médium pris à son propre piège. Si le succès est modeste en Angleterre, il provoque un véritable électrochoc aux Etats-Unis, le grand Stephen King lui-même écrivant une phrase devenue célèbre : "J’ai vu l’avenir de l’horreur, et son nom est Clive Barker". Un style unique et abordant tous les tons, à la fois très cru, sanglant et chargé d’une poésie magnifique, s’y étale de fait à chaque page, et certaines des nouvelles, comme "Le Train de l’Abattoir", "Jack et le Cacophone", "Le Testament de Jacqueline Ess", "Rawhead Rex", "Confessions d’un Linceul" ou encore "Entre chiens et Loups", deviennent instantanément des classiques incontournables.

Ses deux premiers romans, "Le Jeu de la Damnation" ("The Damnation Game", 1985) et "Le Royaumes des Devins" ("Weaveworld", 1987), enfoncent le clou d’une façon définitive. Au classique affrontement du bien et du mal se substitue celui, plus primordial et plus violent, de la vie et de la mort. A chaque fois, un monde "autre" s’abouche au nôtre dans un mélange inextricable de terreur et de magie, dans des intrigues d’une originalité totale, au suspense redoutable et captivant. Faunes étranges et interlopes, autorités corrompues, noms singuliers, signes et icônes ésotériques, sexualité sans détour, sentimentalités troubles, gore en abondance, cruauté, sensualité, description triviale et brutale de la vie contemporaine, onirisme riche et coloré, tout est là et se renouvelle sans cesse dans l’horreur jusqu’à "Imajica" (1991) en passant par "The Hellbound Heart" (1987, inexplicablement toujours non traduit en France), "Cabale" (1988) et "Secret Show" ("The Great and Secret Show", 1989).

En 1984, sa nouvelle comico-fantastique "THE YATTERING AND JACK" ("Jack et le Cacophone") est alors adaptée pour la série vidéo "Tales From The Dark Side", succédané de "Creepshow" dont George A. Romero est d’ailleurs l’un des producteurs exécutifs. La réalisation d’Anthony Santa Croce est honnête, mais l’histoire est édulcorée pour convenir aux comités de censure. C’est le début d’une étrange malédiction.

Au cours d’un dîner mondain, Barker rencontre George Pavlou, qui se présente comme un fan de son travail et veut réaliser un film d’horreur pour Alpine et Green Man Production. Enthousiasmé, Barker écrit un scénario intitulé "Underworld", mélange de gangsters story et de monstres souterrains cherchant à renouveler le mythe d’Orphée et Eurydice. La déconvenue est totale : ré-écriture de l’histoire et des personnages sans son accord, coupures de tous les passages "déviants", réalisation infâme, producteurs décidant en cours de route de faire une comédie musicale rock et non un film d’horreur… Le film sortira en 1985 sous le titre "Transmutations" - et c’est le moins qu’on puisse dire…

Pire encore, aussi ingénu dans le monde du cinéma qu’aguerri sur le plan de l’imaginaire, Barker tombe dans le panneau lorsque Alpine et Green Man Production, pour endormir sa colère légitime, lui promettent de faire un vrai film d’horreur s’il leur écrit un nouveau scénario. Confiant, Barker choisit même d’adapter l’une de ses nouvelles préférées, "Rawhead Rex". Le résultat est à peu près le même : Pavlou et les producteurs virent tout le substrat psychologique, gâchent l’atmosphère et les effets spéciaux à la va-vite pour sortir au plus tôt de quoi alimenter les caisses. Le film sort en 1987, et Barker, enfin décillé, n’adressera plus jamais la parole à George Pavlou.

C’est pour contrer ce sort injuste que Christopher Figg, alors assistant réalisateur, encourage l’écrivain à travailler sur un nouveau scénario et à le tourner lui-même. Après l’abandon de deux projets infaisables, le choix de Clive Barker se reporte finalement sur une adaptation de "Hellbound Heart", encore non publié à l’époque. Christopher Figg devient alors producteur (et il le restera, produisant plus tard des films comme "Trainspotting" et "Dog Soldiers") et parvient, avec l’aide d’un distributeur américain, New World Pictures, à monter un budget de 90 000 $, lequel est multiplié par dix lorsque New World reçoit les premiers rushes et la deuxième mouture du scénario.

"Hellraiser" sort en 1987. Gore, effrayant et pervers (bien qu’ayant dû souffrir quelques coupes), il démontre l’expérience acquise chez Barker dans la direction d’acteurs, ainsi qu’une formidable capacité à raconter une histoire totalement neuve dans le genre. La "Lament Box" et le "Prince de la Souffrance" (Doug Bradley), plus tard nommé "Pinhead", ainsi que sa bande de Cénobites au look sado-masochiste, deviennent immédiatement des icônes pour les fans d’horreur. Le succès du film est plus franc aux Etats-Unis qu’en Angleterre (qui a interdit le film aux moins de 18 ans), mais sur la durée, "Hellraiser" va devenir culte (à ce jour, il a rapporté environ 15 millions de dollars).

Au succès littéraire s’ajoute donc le succès cinématographique. Dès l’année suivante sort "Hellraiser 2 - Hellbound", moins pervers, plus graphique, où est mise en œuvre une véritable mythologie des enfers (découverte du labyrinthe des lamentations, de Léviathan, de l’origine des Cénobites). Barker devant poursuivre son œuvre écrite, lui et Christopher Figg confient l’écriture du scénario à Peter Atkins et la réalisation du scénario à Tony Randel, nantis d’un budget deux fois supérieur au premier opus. Bien entendu, le film est de nouveau interdit aux moins de 18 ans en Angleterre.

"NIGHTBREED" ("Cabal", 1990), deuxième film de Clive Barker et adapté de son court roman "Cabale", est ensuite produit par la 20th Century Fox. Mais pendant le tournage, les dirigeants de la Fox semblent brusquement s’apercevoir que Clive Barker ne concocte pas un simple slasher. Le financement des effets spéciaux est malmené, la présence du canadien David Cronenberg dans un rôle principal est mal vue. Alors même que les premières séances tests auprès du public obtiennent un grand succès, la Fox remonte le film sans en avertir Barker, qui s’en aperçoit trop tard. Les rushes "disparaissent", l’empêchant totalement d’y remédier, et le film sort dans l’indifférence générale, grâce à une absence totale de promotion publicitaire digne de ce nom, ainsi qu’une affiche dessinée sans la moindre consultation du réalisateur. Argument de la 20th Century Fox : le film est trop dérangeant, trop séduisant, trop atypique, l’univers des monstres y étant valorisé au détriment des autorités morales que sont la religion, la police et la psychiatrie.

C’en est trop pour Barker. Le Britannique réfléchi, posé et distingué qu’il est explose de fureur dans les interviews qu’il donne à la presse, n’hésitant pas à traiter les producteurs de la Fox de "véritables salopards", et seule l’écriture de ses romans lui permet de ne pas accorder une importance dévastatrice au conflit. Aujourd’hui encore, fort du succès qu’a obtenu "Nightbreed" en vidéo et à la demande pressante des fans du film, Barker ne cesse d’exercer son pressing sur la célèbre maison de production afin que ses rushes lui soient restitués et qu’il puisse monter la version définitive en édition DVD.

Reste que de cette amère expérience jusqu’à "LORD OF ILLUSION" ("Le maître des illusions", 1995), l’auteur va se réfugier dans ses activités premières que sont l’écriture, le dessin et la peinture, se cantonnant, en ce qui concerne le cinéma, à la collaboration ou à la supervisation de scénarios et à la participation à certaines productions. Un retrait qui s’accompagne d’un véritable tournant dans sa carrière, tant du point de vue de l’imaginaire que de la vie privée. En 1991 sort en effet "Imajica", roman-fleuve avec lequel il fait ses adieux définitifs à l’Angleterre pour partir s’installer à Los Angeles.

Ce pavé d’environ 850 pages, dernier roman de Barker dont le point de départ se situe en Angleterre, est à la fois la somme, le renversement et le dépassement de toute l’œuvre précédente. Son écriture ayant nécessité près de 18 mois de travail à raison de 14 heures par jours et 7 jours sur 7, "Imajica" comprend pas moins de cinq mondes différents (les Dominions) ainsi que des dizaines et des dizaines de personnages et de créatures, dont trois principaux (un homme d’affaire véreux, une femme et un énigmatique assassin). Et surtout, là où auparavant des êtres venus de mondes parallèles surgissaient dans le quotidien, ce sont cette fois les personnages de notre univers qui vont franchir la frontière et explorer des mondes inédits, chose qui deviendra une constante jusqu’à "Abarat", ce dernier étant destiné aux enfants comme aux adultes et cartographiant 25 îles différentes, chacune d’entre elles représentant une heure de la journée, plus une mystérieuse 25ème.

Bien que la noirceur et la violence ne manquent pas dans ce renouvellement d’inspiration, l’accent mis sur le féerique fait perdre à Barker une partie de son lectorat tandis qu’un autre, beaucoup plus étendu, va suivre avidement les parutions du "Voleur d’Eternité" ("The Thief of Always", 1992), "Everville (1994, suite de "The Great and Secret Show"), "Sacrement" (1996, à l’occasion duquel Barker fera son "coming-out"), "Galilée" (deux volumes, 1998), "Coldheart Canyon" (deux volumes, 2001, une satire noire des faces cachées de Hollywood) et enfin "Abarat", tétralogie illustrée dont deux volumes ont paru à ce jour (2002, 2004).

La notoriété de Barker est mondiale et s’illustre sous quantité de formes : parution des "Books of Art" recueillant ses œuvres picturales, documentaires sur le fantastique et l’horreur, adaptations pour des comics, édition d’un jeu vidéo ("The Undying", 2001, DreamWorks Production), flopée de préfaces diverses, anthologie, recueils de pièces de théâtres ("Incarnations", 1995, et "Forms of Heaven", 1996) et, dernièrement, création avec Todd McFarlane d’une ligne de figurines ("The Lost Souls", "Bloody Mary"). Activités d’autant plus prolifiques que, du côté du cinéma, la situation ne s’améliore que très lentement.

Ainsi "Hellraiser 3 - Hell on earth" (Anthony Hickox, 1992), plus gore et plus classieux que le précédent épisode, commence-t-il en fanfare, la production souhaitant purement et simplement se passer des services de Clive Barker - sans doute la conséquence de ses démêlés avec la Fox sur "Nightbreed". Ce qui ne l’empêche pourtant pas de lui réclamer sa créditation une fois le film mis en boîte. Barker n’acceptera qu’une fois le scénario remanié et de nouvelles scènes tournées – mais ces dernières seront coupées au montage… La suite de la série mythique sera du même tonneau. A chaque fois, Barker croira retrouver l’esprit des deux premiers épisodes, et à chaque fois, ce sera la déception - et le désengagement. L’imbroglio sur "Hellraiser 4 - Bloodline" (1996) sera tel (trois réalisateurs s’y succèdent) que Barker refusera cette fois totalement d’y faire figurer son nom. Peter Atkins lui-même, ami de Barker mais scénariste assez complaisant, jettera l’éponge à partir du cinquième épisode, et Clive Barker se contentera pour la suite de toucher ses droits d'auteur (c’est également pour des raisons financières que Doug Bradley continue à incarner le cénobite à tête cloutée). Désireux de s’en détacher une bonne fois pour toutes, l’écrivain prépare actuellement un recueil de nouvelles parmi lesquelles se trouvera celle relatant la fin de Pinhead.

La série des "Candyman", à l’origine adaptée de la nouvelle parue dans les "Livres de Sang" et intitulée "Lieux Interdits" ("The Forbidden", qui n’a rien à voir avec le court-métrage du même nom), se passera mieux… du moins jusqu’au deuxième épisode. La collaboration avec Bernard Rose, véritable fan des nouvelles de Barker, aboutira à un film réussi en 1992, esthétiquement à l’opposé complet de "Hellraiser 3 - Hell on earth" sorti la même année. La suite, "Candyman 2 - Farewell to flesh"" (1995) sera l’occasion de la rencontre entre Bill Condon et Clive Barker, qui produira son film "GODS AND MONSTERS" en 1998. Ce dernier relate la vie de James Whale, réalisateur des mythiques "Frankenstein" (1931), "L'homme invisible" (1933) et "La fiancée de Frankenstein" (1935), se suicidant à Hollywood en 1957, laissé dans un isolement total en raison de son homosexualité (le film est l’adaptation de "Father of Frankenstein", de Christopher Bram, 1995). Par contre, "Candyman 3 - Day of the dead" (Turi Meyer, 1999), entretient peu de rapports avec l’esprit de départ de la série, et Barker, là encore, se limitera à empocher ses droits d'auteur.

Mais c’est avec "Lord of illusions" (1995), adapté de sa nouvelle profondément remaniée "The Last Illusion" ("Livres de Sang") que va arriver à Barker l’expérience la plus dure, au point qu’il songera mettre un terme définitif à sa carrière de cinéaste. La MGM lui attribue en effet un budget confortable et un casting prestigieux, mais dès les premiers rushes, Franck Mancuso, le directeur de la production, avoue haïr le film (pour les mêmes raisons morales, à peu de choses près, que la Fox à propos de "Nightbreed") et ne cesse d’ordonner des coupes, que Barker n’accepte que pour les restituer dans son dos. Au final, ce sera tout de même la MGM qui aura le dernier mot, sortant en salle un film amputé de 20 bonnes minutes et n’acceptant une version "director’s cut" que sur l’édition VHS et DVD (en Europe, toutefois, seule l’édition VHS en bénéficiera). Dégoûté, Barker sombre dans la dépression et s’isole de plus en plus. Tout comme après l’échec de "Nightbreed", ce sont ses activités littéraires et artistiques qui vont lui permettre de tenir la barre.

En 1997, Mick Garris, adaptateur attitré des œuvres de Stephen King pour la télévision ("The Stand", 1994, "The Shining", 1997) tourne "QUICKSILVER", qui réunit l’adaptation de deux nouvelles : "Chaterry Teeth" (Stephen King) et "The Body Politic" (Clive Barker). Mais la 20th Century Fox renonce finalement à le diffuser et refuse toujours, actuellement, d’en céder les droits à Anchor Bay, qui est pourtant prêt à l’acheter au prix fort.

Il faudra attendre 2002 pour que Clive Barker revienne sur un plateau de tournage, cette fois en écrivant directement un scénario de mini-série TV pour Sci Fi Channel, "SAINT SINNER", histoire d’une traque à travers les siècles entre deux démons féminins et leur créateur, un moine du nom de Brother Thomas. Réalisée par Joshua Butler, la série obtient un franc succès et décide Sci Fi Channel à demander à Barker une autre mini-série actuellement en cours de tournage : "HISTORY OF THE DEVIL".

Barker multiplie dès lors les projets cinématographiques et télévisuels, tant du côté fantasy qu’horreur. La quasi-totalité de ses romans sont encours d’adaptation ; Walt Disney lui a acheté les droits de "Abarat" pour la somme de 8 millions de dollars, et Universal devrait permettre à l’écrivain de regagner son poste de réalisateur pour le tournage de "Lost Souls" en 2005. En ce qui concerne l’horreur pure, Barker a décidé de confier ses projets à des producteurs et réalisateurs indépendants, gage sans doute d’une plus grande latitude morale.

Ce retour sur petit et grand écran sera-t-il synonyme de réussite ? On ne peut que l’espérer, l’industrie du cinéma ne s’étant pour l’instant illustrée à l’égard du créateur que par une immense capacité à engendrer du gâchis.

Désormais âgé de 52 ans, Clive Barker vit toujours à Los Angeles, avec son partenaire et photographe David E. Armstrong (dont la première monographie, "Rare Flesh" (2003), est accompagnée de poèmes de l’écrivain) et la fille de ce dernier, Nicole Armstrong. La maisonnée comprend quatre chiens, cinq poissons rouges, un perroquet, quinze rats, une perruche et une multitude de geckos sauvages. Hormis lorsque ses projets cinématographiques et les promotions de ses romans l’y obligent, Clive Barker ne sort plus de chez lui que pour acheter des livres et des DVD (sa collection privée s’élevant à plus de 6000 titres).

Stéphane JOLIVET

Nota Bene : La filmographie comprend les films réalisés par Clive Barker ainsi que ceux mentionnant son nom de quelque manière que ce soit, en tant qu’inspirateur, scénariste ou producteur.

* Une mine d'interviews de et sur Clive Barker: http://www.clivebarker.dial.pipex.com/index.html



Lionel Colnard
LUMIèRE SUR