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Bonjour Jann. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs d'Horreur.com qui ne connaissent pas forcément votre parcours?

Je suis chanteur depuis fin 2003. Je suis plus précisément auteur, compositeur, interprète, pianiste, réalisateur, acteur, producteur…organisateur de concerts également, pas seulement les miens.

Comment s'est déroulée votre rencontre avec Rémi Lange?

J'ai rencontré Rémi Lange aux Universités d'Eté Euro-méditerranéennes des Homosexualités, à Marseille en juillet 2005. J'étais allé le voir après la diffusion de son film " The Sex of Madame H ". Il me paraissait accessible et surtout très ouvert. Je lui ai dit que je souhaitais qu'il me réalise un clip. Il était partant pour le projet. Puis plus tard, en septembre, je lui ai dit que j'avais aussi un scénario. Très hard, c'était presque pornographique et évidemment kitsch, et cruel : c'était le scénario de " Statross le Magnifique ", que j'avais commencé à écrire à l'âge de 17 ans. Il était intéressé. En terme de temps et financièrement, ce n'était pas intéressant de faire un film X, nous nous en sommes vite rendus compte. Rémi m'a aidé à retravailler le scénario. Puis nous avons tourné en février 2007, à Paris, boulevard Voltaire.

Vous avez joué dans "Statross le magnifique". Comment s'est déroulé le tournage? Et qu'en avez vous appris?

Je n'ai pas fait que jouer. Je produisais le film, je signais la musique, j'organisais le tournage. J'ai dû apprendre sur le tas. C'était assez cher et surtout très fatiguant. Même dans ma vie privée, ça se ressentait. Je ne garde pas vraiment un bon souvenir de ce tournage, simplement l'aspect positif c'est que j'ai vu de quoi j'étais capable, jusqu'où je voulais aller. J'ai vu ce que je pouvais faire.

Qu'avez vous pensé sincèrement du résultat de "J'aimerais J'aimerais", qui est votre premier film en tant que réalisateur ? Et comment vous vous êtes retrouvé à le réaliser?

Je me suis retrouvé à réaliser ce film car Rémi en tant qu'éditeur a trop de travail. Il devait le faire au début puis il m'a dit : pourquoi tu ne le réaliserais pas ? Avant j'avais réalisé un clip de 2 minutes, " Apoplexia " pour un de mes titres. Rémi Lange m'a encouragé. Je ne me supporte pas à l'écran mais j'ai bien été obligé de voir mon film. Sincèrement ? Moi je l'aime. Mais c'est affectif, instinctif. Quand je vais jusqu'au bout d'une démarche, c'est que je suis sincère envers moi-même, quand je ne sens pas quelque chose, j'arrête tout de suite, j'abandonne facilement. C'est un moyen métrage à la fois expérimental et musical. Quelque chose de vraiment marginal, mais en même temps je suppose que ça va attirer des gens, par le thème, l'esthétisme, la musique. Je l'espère. Jeff (mon attaché de presse, un ami) et moi avons crée une page spéciale sur MySpace début juin. Nous avons reçu beaucoup de messages de Français, de Belges, d'Anglais, d'Africains, Sud-Africains et aussi " États-Uniens " intéressés par ce film. La bande-annonce a beaucoup circulé. C'est assez encourageant, et fascinant. Est-ce que le film marchera aussi bien que " Statross " ? Impossible de savoir, tout dépend de tellement de facteurs… ce DVD est un projet global : un film, une interview, un concert filmé à Paris dans un théâtre. Mais actuellement, pour l'instant, les retours sont positifs.

Quelles sont les contraintes que vous avez trouvées sur ce tournage?

Les contraintes ? Toujours les mêmes : trouver des acteurs, trouver des lieux, trouver des gens de bonne volonté…si tout était une question de fric, tout serait tellement plus clair. L'acteur qui joue le député est mon ex, qui était surpris par le scénario et qui voulait avoir cette expérience dans la vie d'être acteur, il jouait avec sincérité, parfois les amateurs, souvent méprisés donnent davantage d'eux-mêmes que des acteurs professionnels…Je lui ai parlé du film après avoir contacté en vain des acteurs…je suis assez surpris d'ailleurs par l'hypocrisie de certains acteurs de couleur qui se plaignent du manque de rôle…parce que quand j'ai écrit à plusieurs acteurs pour ce rôle, y compris des acteurs débutants, j'ai eu des réactions d'hostilité, de rejet…j'ai le sentiment finalement que beaucoup d'acteurs, quelle que soit leur couleur de peau n'ont qu'une envie : briller devant les photographes à Cannes, même si 99% disent le contraire…jouer pour jouer ? C'est beaucoup plus rare. C'est dommage car sur les tournages de " Statross " et de " J'Aimerais J'Aimerais ", l'ambiance était agréable, avec du respect mutuel, de la retenue, c'était professionnel, tout le monde a signé son contrat, bref, il y a un cadre pour la production de ce genre de film et le bon déroulement du tournage.

Pourquoi avoir abordé votre film de la même manière que Rémi Lange sur "Statross le magnifique" (film musical et expérimental)?

Pour "Statross 1", nous avions choisi le muet avec une bande son musicale pour des raisons de temps et aussi artistiques. Pour le film que je réalisais, garder le même format me motivait, d'abord parce que j'étais habitué et ensuite ça accentue le côté onirique de l'histoire. On entend des voix, des bruits, le silence pesant, le tonnerre, des chansons, mais il y a quelque chose de sourd, quelque chose d'angoissant. D'ailleurs, le montage est crucial, ce n'est un mystère pour personne, et Aurélien Merle, le monteur a fait un travail vraiment exceptionnel à mes yeux. Quand j'ai su qu'il y avait de fortes chances pour que ce soit Rémi Lange qui édite ce film, le commercialise en France et ailleurs, alors je me suis lâché…façon de parler, mais les contraintes du cinéma conventionnel, non merci. Le 35mm, je m'en fous un peu, les codes je n'aime pas ça, je suis assez sauvage, et je suis très à l'aise dans l'expérimental. Mais l'expérimental, le souci c'est qu'en général, ça se vend peu, ou mal…mais on ne fait pas des films pour l'argent, si c'est la seule motivation, ça n'a aucun intérêt. J'essaie tant bien que mal, comme d'autres, de repousser les limites de la marginalité. La création ne doit pas connaître de limites : l'ouïe, la vue, l'imagination, tout ça se développe en permanence, pour le créateur comme celle ou celui qui reçoit la création, il ne faut pas laisser les portes fermées, il ne faut pas laisser des gens nous encadrer l'esprit, l'imagination. C'est vraiment dommage. C'est d'ailleurs ça qui m'attriste. Un film comme " Mes Parents " de Rémi Lange est vraiment particulier, c'est un must, j'ai dit à des proches de le voir, Rémi n'a jamais trop bien compris mon engouement pour ce film, je crois…c'est le genre de film qui révulse et attire à la fois par le fond et la forme, et je suis en adéquation totale avec ce genre d'univers. Et pourtant dans l'ensemble, peu de gens connaissent ce film. Dommage.

Je me doute que cette question a dû vous être posée, mais pourquoi avoir choisi dans le rôle de Philistin de Valence, un acteur noir? Est-ce que cela n'aurait pas été plus percutant étant donné que l'action du film se déroule en Vendée, terre peu propice à l'ouverture à la diversité, de prendre un acteur qui fasse "terroir"?

J'essaie d'être pionnier dans le domaine de la musique et de l'image. En tant que métis, et aussi bisexuel, j'ai eu beaucoup de difficulté dans le petit monde de la chanson, d'ailleurs ce n'est pas terminé. Un Métis au piano-voix qui fait de la chanson à textes, on peut dire ce qu'on veut et raconter les pires mensonges, mais c'est très difficile, même si j'essaie d'en tirer le meilleur. Je le dis tout en sachant qu'il y a toujours des gens qui se donnent bonne conscience en me traitant de parano. Heureusement, je suis assez " je-m’en-foutiste ", je peux faire preuve de détachement.
Mais les gens ne sont pas habitués. Y'en a qui viennent aux concerts par curiosité. J'ai reçu des messages de gens qui me disaient que c'était rare, j'ai même reçu des remerciements d'Africains ou d'Antillais.
Cela m'a fait réfléchir : je suis indépendant, marginal, je n'ai rien à perdre. Je me suis dit qu'après tout Philistin de Valence pouvait être noir, et si cela pose problème (et ça a été le cas), alors ce n'est pas ma faute, il faut s'interroger sur certains …blocages. On peut être français et noir, donc automatiquement on peut être vendéen et noir. Ou alors on est dans une nation schizophrène. Justifier d'avoir pris un Noir pour jouer le rôle d'un Vendéen, c'est une situation malsaine qui traduit davantage une sorte de racisme étrange chez les gens qui feignent la surprise, l'étonnement. Je suis à moitié angevin, j'ai de la famille en Vendée, et dans mon entourage le fait que je sois foncé ne pose de problème à personne (toute ma famille est blanche à l'exception de mon père) alors c'est vrai que ça m'agace des fois de voir des gens (qui se disent parfois de gauche) trouver ça bizarre. Il faut s'habituer, les temps changent. Et puis je ne sais pas si la Vendée dans son ensemble est une terre peu propice à l'ouverture. Pas plus que l'Anjou profond ou la Corse profonde.
Outre le fait que dans mon esprit, Philistin était un notable noir, il faut dire aussi que je profite de l'indépendance que j'ai pour privilégier les acteurs de couleur et dans des rôles qui sortent du convenu. Certain(e)s diront que ma démarche est politique.

Vous semblez avoir pris goût à la réalisation puisque vous vous apprêtez à réaliser la suite de "Stratoss"? Pourquoi n'est-ce pas Rémi Lange qui s'en charge?

Réaliser un film ou un disque c'est une démarche assez fascinante, je dirais que réaliser un film, c'est encore plus fascinant car on dévoile un univers. Et encore une fois, il s'agit d'un univers marginal, dans la forme comme dans le fond, que j'essaie de rendre accessible à tous et toutes. Rémi Lange me disait qu'il me faisait confiance. Qu'il n'y a pas besoin de diplôme pour être réalisateur. Que réaliser un film ne s'apprend pas. C'est vrai que je suis très instinctif et attaché au premier résultat. Rémi Lange a aussi beaucoup de travail en tant qu'éditeur.

Pouvez-vous nous donner quelques indications sur cette suite, et quelles seront les différences par rapport à "Statross le magnifique"?

Tout change. Presque. " Statross " est toujours présent, normal. Il y a évidemment toujours le côté expérimental et marginal. Mais le film sera parlant. Il dure 1h30. Et le kitsch aura disparu. C'est davantage un film d'horreur, qui joue sur le malaise constant. Je respecte toujours l'esprit du film : sexe, race, mort. Ce personnage, " Statross " a un potentiel important. Il est l'enfant non désiré de l'Afrique et de l'Europe et incarne en lui-même toutes les contradictions et névroses de l'Occident. Nous avons commencé le tournage début juin. Mercredi, je réalise une scène dans un temple protestant. C'est un travail beaucoup plus long, évidemment coûteux mais très fascinant. Parce que " Statross ", au même titre qu'Antoine Blanchard, fait parti de mon univers.

Venant de l'univers musical, quels sont vos chanteurs ou groupes préférés?

Anne Sylvestre, sans conteste. Je parle de son répertoire pour adultes. Son univers est bien éloigné du mien. C'est sublime. J'aime aussi certaines chansons de Jean Guidoni, William Sheller, Jacques Brel, des vieilles chansons de Mylène Farmer, Robert. J'aime bien le dernier CD de Léonard Lasry en chanson française. Les anciennes chansons de Kate Bush ont leur charme. Mais de façon générale, je suis vraiment axé musique contemporaine, musique moderne : Schonberg, Berg, Henri Dutilleux, également dans un autre genre Francis Poulenc, Darius Milhaud, Erik Satie, Ravel…J'adore l'univers de Kurt Weil et celui de Krenek, qui a écrit le bel opéra " Jonny Spielt Auf ". J'ai quand même une sorte vénération pour Francis Poulenc : " Les mamelles de Tirésias ", " La Sinfonietta ", " La Voix Humaine ", ou encore " Le Bel Indifférent ", avec la voix d'Edith Piaf, c'est vraiment splendide !

Dans le domaine du cinéma fantastique, vers quoi se tournent vos goûts (films, réalisateurs)?

Dans le domaine du fantastique avec un grand F, je pense aux films de fantômes, "Poltergeist" 1, 2, 3, mais aussi " Evil Dead ", " Troll "…les films de vampires : "Dracula" de Coppola, "Nosferatu" avec Adjani. J'aime aussi l' Héroic Fantasy.

Avez-vous eut récemment des coups de cœur pour des films?

Oui."Salo" de Pasolini, "Les Damné " de Visconti. "Le Château Ambulant" de Miyazaki .

Que peut-on vous souhaiter pour la suite?

Qu'on me dise merde pour que je construise brique par brique mon œuvre.

Interview réalisé par Gérald Giacomini, le 24 juin 2007.



Lionel Colnard

LUMIèRE SUR