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Les zombies sont très communs, même actuellement… Pourquoi pensez vous qu’ils soient aussi réputés au cinéma ?

Je pense qu’en fonction du climat du pays – pour des raisons émotionnelles ou politiques – il y a beaucoup de façons d’adapter les histoires de zombies. A l’instar l’épisode des Masters Of Horror de Joe Dante, ce peut être pour des raisons politiques. Dans mon cas ce sont des raisons émotionnelles. Quant à George Romero il s’agit d’une satire du consumérisme aux Etats-Unis… Dans le cas de La nuit des morts-vivants, il est question de la guerre du Vietnam.
C’est facilement adaptable d’un point de vue purement culturel.

Je ne sais pourquoi, j’ai toujours été affecté par les zombies, car en y pensant de toutes les créatures horribles parmi lesquelles il faut choisir pour illustrer une histoire effrayante ; le zombie est le plus lent, le moins menaçant, ils ne peuvent pas penser, au contraire des vampires, ils manquent de séduction, ils sont dégoûtants… Je pense que cela vient du fait qu’il y en ait tant, que l’on ne puisse raisonner avec eux ; il y a toujours quelque chose avec eux, on dirait qu’ils sont partout.
Quand j’étais gamin, je croyais qu’il y avait un zombie derrière chaque porte… Je le crois encore parfois.

Est-ce que c’est votre personnage préféré ?

Je ne veux pas être ce mec Zombie. C’est mon film de zombie un point c’est tout.
Toutefois j’adore l’horreur, je veux continuer à faire des films d’horreur, sans jamais me répéter. Mais c’est le monstre qui m’a le plus marqué quand j’étais gosse.
Ce sont les zombies et les loups garous, qui me sont restés.

Quel est votre film de zombie préféré ?

- Zombies l’original. Et toi ?

- Le jour des morts-vivants […]

- Day of the dead? Waw, intéressant. […] Tu savais qu’il devait s’agir d’une immense production au départ ? Mais George Romero a fini par revoir son budget à la baisse…

Herschell Gordon Lewis nous a dit lors d’une interview, que pour lui, le cinéma d’une manière générale, et d’horreur en particulier, ne pouvait être tenu pour responsable de certains comportements violents des adolescents, qui "imiteraient" ce qu’ils voient dans les films. Est-ce également votre avis ?

Complètement. J’ai grandi en lisant Fangoria. Je les ai tous du premier au 150e. Je regarde des films d’horreur depuis que je suis bébé ! Ma mère nous emmenait tout le temps ma sœur et moi voir des films d’horreur. Je n’ai encore tué personne pour le moment, je quitte la France dimanche, et ce sera toujours le cas à ce moment là !
Je pense que l’on naît instable ou non… Je ne pense pas que quoi que ce soit qui nous entoure puisse réellement changer cela ; que l’on soit entouré par la nature, ou par la violence, à regarder les infos faire état de toutes les horreurs qui arrivent dans le monde… D’une façon ou d’une autre, on finit par péter un câble, ou on tient le coup.
C’est un débat sans fin sur les films d’horreur. C’est le problème de la poule et de l’œuf ; ce ne peut être la faute de la culture : la monde est taré de toute façon, ce n’est que le reflet de ce qui arrive.

Est-ce que réaliser des films est un rêve d’enfant ?

Oui. J’ai toujours été obsédé par travailler dans le cinéma depuis que je suis gamin. Que ce soit en écrivant des scénarios, en étant critique de film, en me chargeant des effets spéciaux ou en réalisant… J’ai toujours été intéressé par ces choses.

Avez-vous tourné quelque chose d’autre que Zombie Honeymoon ? Votre premier film étant The Home Boy, peut-être avez-vous tourné des courts-métrages…

J’ai filmé environ 10 films… Dès la sortie du collège j’ai essayé de faire un long métrage Jesus, mais en plein milieu de la production nous avons dû mettre la clé sous la porte. J’avais 22 ans. J’ai donc persisté dans le domaine du court métrage et j’ai fini par me frayer un chemin dans le long grâce à The Home Boy et Zombie Honeymoon.
Même si j’ai grandi avec les films d’horreur, je pense qu’au lycée, mon inspiration provenait plus de Godard, Le Week-End tout particulièrement. Par la suite vinrent les comédies et enfin les films d’horreur. A ce propos, John Landis fut l’un de mes grands héros dans la mesure où il allait et venait entre les genres.

Depuis The Home Boy vous cumulez les postes de producteur, scénariste, réalisateur… Comment travaillez vous exactement ?

Je n’ai pas écrit The Home Boy.
La première chose que je fais est d’être sûr de pouvoir vivre avec l’idée en question 24/24h, 7 jours par semaines, pendant de nombreuses années. Si la réponse est positive, que je suis en communion avec cette idée, alors je me lance.

Faire un film demande un tel investissement, que je dois réfléchir à cela pendant quelques temps. L’étape suivante est toujours d’établir un aperçu des personnages et des scènes. En même temps je me fais un CD, je crée la bande originale du film dans ma tête, et j’essaie de créer l’idée du métrage en musique. Une fois que j’ai créé le CD, je le mets sur "repeat" et j’écris...
Puis je commence à rechercher de l’argent, à envoyer le script à des gens qui seraient susceptibles d’être séduits par le script, à des distributeurs qui m’avaient dit être intéressés par ce film et qui envisageaient sérieusement de le distribuer si l’idée aboutissait… Ensuite je montre tout cela aux probables investisseurs, et croise les doigts pour obtenir de l’argent. Il faut emprunter à toutes les personnes que tu ais jamais connu, à celles que tu n’as pas appelé depuis plus d’un an… [rires] Il vaut mieux ne pas avoir honte.
Les réalisateurs avec qui j’en ai parlé ont l’impression de jouer le rôle de percepteur d’impôt lorsqu’ils demandent quelque chose pour faire un film. Mais il faut garder à l’esprit que ce que l’on offre est un véhicule grâce auquel des personnes peuvent se vendre. Par exemple, pour un acteur il s’agira de montrer son talent… l’essentiel est de ne pas renvoyer une image faussée de ce que l’on peut offrir.
Sur Zombie Honeymoon je n’ai pas pu payer la plupart des gens qui y ont participé. Du moment où cela est clair, que tu leur dit : "voilà ce que je peux faire" et que tu ne leur promets rien d’autre… En fait en dépeignant une image misérable, et que la situation s’avère un tout petit peu mieux, tout le monde est content. J’ai donc essayé d’être aussi honnête qu’il m’était possible de l’être.
C’est comme cela que l’on trouve une équipe. Il y a toujours des gens qui sont prêts à travailler pour rien pour se faire un nom dans le milieu. Par exemple quelqu’un qui a toujours travaillé comme électricien, pourrait vouloir travailler comme Gaffer, cela sans être payé. Un 2ème assistant réalisateur, pourrait être prêt à travailler à crédit, ou même gratuitement pour être 1er assistant.
Puis il faut prétendre, tout au long du processus, que l’on n’a pas de crise de nerf. Il faut faire semblant que l’on ne craque pas et que personne ne s’en aperçoive, à la manière de l’arbre qui s’écroule dans la forêt que personne n’est là pour voir tomber.
Puis il faut en arriver à bout, qu’un distributeur veuille bien le sortir et le promouvoir.
C’est ce qui s’est passé pour Zombie Honeymoon, c’est pourquoi je suis ici aujourd’hui.

Quelle est l’idée originale dont est issu le film ?

Cela vient directement de ma vie. Ma sœur et moi avons été élevés au film d’horreur et en mars 2002, le mari de ma sœur, un allemand du nom de Danny Fraunhofer, qui était un surfeur invétéré, est allé surfer. Il a eu un horrible accident de surf et s’est noyé. L’idée derrière le film fut de reprendre exactement tous les détails de leur relation, sans rien changer, les noms, leurs groupes favoris qui sont dans la B.O, leur rêve de partir au Portugal… et d’essayer de transposer ça dans un film à la George Romero, pour essayer d’injecter de l’émotion dans le mythe du Zombie.
Le but était d’illustrer ce moment de la perte de l’être cher – car il est parti très vite, il n’y a pas eu d’adieu – et de l’étendre sur 4 jours, pour rendre une situation difficile encore pire.
Par exemple, à la fin de Anny Hall, où Woody hallen écrit cette pièce à un acte, où tout finit bien, avec Diane Keaton. L’idée de Zombie Honeymoon en est un peu le contraire : prendre une situation tragique pour la rendre encore plus insupportable.

C’est complètement personnel… Car lorsque j’ai visionné Zombie Honeymoon, j’ai pensé qu’il s’agissait d’une sorte de réflexion sur jusqu’où une femme est prête à aller par amour…

Exactement, c’est quasiment une caricature de ce qui est requis dans une relation d’amour vraie.
Des gens peuvent être poussés jusque dans leurs derniers retranchements, et pourtant s’accrocher à la relation car leur notion de ce qu’est le véritable amour ne connaît pas de frontière. Cela vient de comment tu as grandi, peut-être que quand tu avais 5 ans tes parents t’ont expliqué ce qu’est le véritable amour, et que cela t’est resté gravé dans un coin de la mémoire.
Quoiqu’il arrive, drogue, infidélité, alcoolisme ou cannibalisme, tu resteras avec elle/lui. Tu finis même par être impliqué, à l’image de Dennise qui frappe l’hôtesse de l’agence de voyage, elle devient ainsi une partie du problème ; même si cela est démontré de façon absurde dans Zombie Honeymoon, beaucoup de couples fonctionnent ainsi.

Il y a différentes références dans Zombie Honeymoon. Les deux plus flagrantes sont celles à Le retour des morts-vivants quand Buddy avance en grognant "cerveau, cerveauuu" et la seconde revient à L’enfer des Zombies de Fulci. En effet dans le vidéoclub, le vendeur arbore un T-shirt à l’effigie du film, puis plus tard dans le métrage, lorsque l’amie de Dennise lit dans les lignes de la main de Danny, un plan très rapide montre le visage d’un zombie que Fulci n’aurait pas renié…

Ce plan rapide est un hommage à L’Exorciste.
Les deux influences principales étaient Une Femme sous influence de John Cassavetes et La nuit des morts-vivants : la combinaison d’un drame domestique, joué quasiment spontanément, de manière presque improvisée et un divertissement à base de zombie.
Le fil directeur était ainsi d’accommoder des éléments de ce qui est considéré comme le Grand art avec l’art populaire.
Dans chacune des scènes, il peut donc y avoir des aspects propres à un réalisateur, comme les 10 premières minutes qui sont vraiment très inspirées de Jules et Jim, dans la mesure où tout va très vite, le découpage est très rapide… mais dans le même souffle, il peut y avoir des éléments de Fulci ! Car ma vision du cinéma porte au même niveau Citizen Kane et Massacre à la Tronçonneuse, chacun est aussi bon que l’autre !

Votre film renoue avec le cinéma de Fulci, notamment dans la séquence de voyance à table, est-ce un hommage ? Il semble en effet revenir aux bases du film d’horreur, au travers d’un traitement plus réel.

J’ai en effet voulu revenir aux racines du cinéma d’horreur. J’ai voulu faire quelque chose de proche des monstres de Universal des années 30, de faire quelque chose avec une dose de romantisme et de séduction. Il n’était pas question pour moi de faire apparaître des personnages comme des morceaux de viande pour les massacrer immédiatement de façon créative. Avoir plus de respect dans les films d’horreur, les présenter comme de vrais humains, de véritables êtres vivants, et non comme des victimes potentielles, voilà ce que j’espère continuer à explorer par le futur.

Il y a aussi une scène d’amour dans votre film, mais elle est très tendue. Tout au long de la scène on peut ressentir que quelque chose va arriver, mais rien ne se passe. Il semble que ce soit la scène clé du film…

Oui, tout a fait. Je suis très heureux que vous ayez remarqué ça. C’est la scène que ma sœur voulait retirer du script au stade de l’écriture. Je crois qu’elle se sentait mal à l’aise avec l’idée que son frère filme une séquence de sexe la mettant en scène.
Pas moyen que je fasse ça ! Mais ce n’était pas du tout la projection d’un désir. [Rires] Je ne me sens pas comme ça vis-à-vis de ma sœur.
Pour moi c’est le cœur du film, l’amour-consommation : quand vous vous sentez si proche de quelqu’un que le seul moyen tangible d’exprimer cela est de l’avaler, l’ingérer en entier. Quand on embrasse quelqu’un, cela va au-delà de tout acte sexuel, c’est la seule façon de le prendre et de le mettre à l’intérieur de soi. C’est un peu la notion de zombie, de cannibalisme dans ce film.
Etrangement, sans la musique par-dessus, elle ressemble vraiment à une scène d’amour ; avec la musique, elle prend des airs de viol, elle devient vraiment inconfortable. C’était plus implicite à l’origine, ce n’était pas présenté avec autant d’insistance que dans la version finale.

A la fin du film, Dennise rêve… puis se réveille. Est-ce la fin originale, ou Dennise était-elle supposée ne jamais se réveiller ?

Dans la première version du script, il n’y avait pas de séquence de rêve. Elle allait seulement à la plage, marchait au bord de la mer puis s’éloignait.
C’est en fait un de mes amis qui m’a donné cette idée. Je lui en suis particulièrement reconnaissant car il me semble que c’est la partie la plus touchante du film. Surtout quand le personnage est sur le bord de la plage, et que sa tête apparaît à l’écran, avec le soleil derrière lui.
Il m’est encore toujours difficile de regarder cela, encore maintenant.
Mais il n’y a jamais eu de fin où elle ne se réveillait pas. Je voulais dès le départ qu’il s’agisse de quelque chose qui vienne de son fort intérieur : une volonté de continuer à vivre, tout en préservant le souvenir de Danny, mais pas comme quelque chose de douloureux. Elle se souvient donc de ce qu’il était avant, afin de pouvoir faire son deuil. Dennise ne veut pas se noyer dans les souvenirs, mais plutôt aller de l’avant.

La chanson de fin (Stand by your man) est vraiment représentative de tout le film. Elle le résume en quelque sorte… Est-ce que vous avez écris la fin en ayant la musique en tête ou est-ce que l’idée vous est venue plus tard ?

A vrai dire l’idée de cette chanson là m’est venue plus tard. Je crois que cela vient surtout du fait que lorsque j’ai commencé à écrire le scénario, j’envisageais vraiment le tout comme un film à 0 budget. Qui devrait être filmé sur des proportions bien moindres que celles dans lesquelles il a fini par être tourné.
Quand l’aspect du film a commencé à se concrétiser…
Puis quand le budget s’est mis à grossir, une nuit cela m’est venu comme ça. Je crois que cela m’a été inconsciemment inspiré par Le Loup Garou de Londres, lorsque le son commente ce qui se passe d’une façon un peu détachée. La fin du film est tellement pesante émotionnellement parlant, que cela permet au public de rire un peu ou de prendre quelques secondes de recul avant qu’il ne s’en aille, afin d’alléger quelque peu le ton.

Je pense qu’il est assez ridicule d’avoir ce morceau à la fin du film. Ca a coûté cher mais ça ne valait pas vraiment le coup.

Comment s’est déroulé le tournage ?

20 jours violents et horriblement stressants.

A quelles genre de difficultés avez-vous dû faire face, puisque apparemment le tournage n’a pas été de tout repos ?

Ce fût vraiment chiant ! Chaque seconde fût vraiment horrible. Sauf tourner avec les acteurs, tout le reste a été très dur. Filmer c’est un peu comme si l’on vous confiait un sac de poussière d’or et que, au moment de commencer, quelqu’un perçait un trou dedans. Ensuite il ne vous reste plus qu’à vous dépêcher. J’ai toujours un nœud dans l’estomac. Il y a toujours la possibilité de tourner 100 scènes dans la journée. Mais si l’on rester à parler de tout et n’importe quoi, ne serait-ce qu’une minute avec quelqu’un, une scène vous passe sous le nez, puis une autre…
Le film empire à chaque seconde. Plus vous traînez, plus vous avez de chance de tourner de la merde. C’est suffoquant de faire un film à petit budget.

J’ai toujours préféré tourner dans l’empressement, car je n’ai jamais eu le luxe d’un long agenda de tournage. J’espère que cela sera différent pour le prochain film. Mais tout était complètement fou sur le tournage.
Quand nous avons tourné au bord de l’océan dans le New Jersey, les lieux de tournage étaient encore habités par une famille entière : le père, la mère, trois enfants, le chien, le chat… Ca c’était dur ! En plus ils étaient vraiment bruyants, toujours à vouloir se manifester quand nous étions là, à aller aux toilettes tirer la chasse en plein milieu d’une prise. Le chat pouvait même se mettre à miauler au milieu d’une scène où Dennise pleurait… C’était complètement en décalage avec ce que nous tournions.
Nous savions que nous étions là pour travailler, mais autour du plateau il y avait toujours quelque chose susceptible de nous faire foirer une prise. C’est un miracle que le résultat soit OK.

Zombie Honeymoon a pour slogan : "la réponse américaine à Shaun of the Dead". Etait-ce vraiment votre but lorsque vous avez décidé de réaliser ce film ?

Quand j’ai commencé à écrire le script de Zombie Honeymoon, il n’y avait pas encore un seul film de zombie en prévision. Bien sûr, les choses étant ce qu’elles sont les plus grosses productions sont sorties en premier et donc les petites semblent juste tenter d’amasser de l’argent en profitant de ce succès.
Au départ, cela était une bonne surprise. La veille du début de la production, 28 jours plus tard est sorti au cinéma, et j’ai pensé "ce serait cool que cela remette les films de zombies à la mode."
Puis 300 autres films de Zombies sont sortis et j’ai su que nous serions comparés…
J’adore Shaun of the Dead, mais pour moi, c’est une comédie avec des accents de drame, comme quand le beau père est tué. Il y a des scènes vraiment très émouvantes pendant Shaun… Mais ce n’était pas la règle, plutôt l’exception.
Pour moi Zombie Honeymoon est plus un voyage émotionnel avec des moments de comédie.

24 – En effet Zombie Honeymoon relève plus du Drame Social relevé de séquences horrifiques. Il s’approche même plus du documentaire. Etait-ce votre but d’ajouter encore plus de réalisme, à la manière de May, de Lucky McKee ?"

Oui, en quelque sorte. Cependant le jeu des acteurs a toujours été envisagé sous le même angle que celui d’Une femme sous influence. Le but était d’obtenir ce jeu qui semble ne pas avoir été écrit ; puis le tourner en H.D. 24t lui donne un aspect de réalisme cru. Ainsi, on se sent encore plus proche des personnages, un peu comme un documentaire. C’est le contraire d’une prise sur film, où l’on obtient une certaine distance, et une impression de création.
Mais May n’a pas été d’une grande inspiration pour Zombie Honeymoon même s’il fait parti de cette nouvelle vague de film, plus originaux, plus réalistes.

L’idée qui était existante pour moi était le quotidien d’un couple basé sur les films d’horreur, ce que l’on ne voit pas trop.

Est-ce que le maquillage de Danny vous a été inspiré par quelque chose en particulier ?

Pas vraiment. En fait la décomposition imaginée par Graham Sibley, et particulièrement la façon qu’à Danny de se comporter, est basée sur le cancer.
Il a passé du temps en cancérologie, et s’en est vraiment inspiré, pour avoir un rendu le plus réaliste possible et moins basé sur l’histoire du cinéma d’horreur. De cette façon, les gens y sont bien plus sensibles, ils ne se sentent pas écartés du processus de regarder un être cher mourir.
Ca a toujours été l’intention.
Certainement que le maquillage en lui même puise aux sources du film d’horreur, et de zombies. Mais ce n’est pas de là que vient la douleur.
La torture vient plutôt de la vitesse de décomposition du personnage. Car il est vraiment rare de voir des zombies se décomposer aussi vite… et cela est surtout plus douloureux à regarder.

Je crois que c’est le premier film de zombie dans lequel on peut voir des zombies mourir d’eux même.

Je voulais faire un truc un peu différent, tout en sachant qu’il y a une logique établie pour ce genre de film. Etant un fan d’horreur moi même, je sais que les fans hardcore(s) du genre hurlent à l’infamie lorsque l’on ne respecte pas les poncifs du genre.
L’idée était d’appliquer le concept de la piqûre d’abeille ! L’abeille ne peut s’empêcher d’utiliser son dard, mais elle en meurt : c’est une sorte de pulsion suicidaire. Dans Zombie Honeymoon, elle consiste à passer la malédiction par le vomi… Quand j’ai vu que cela était utilisé dans 28 jours plus tard, le script était déjà écrit ! Mais j’aime l’idée : c’est une façon très viscérale que de passer la maladie par la bouche. Pour ce qui est de manger et mordre, je préfère que ce soit purement pour manger de la chair et non pour transmettre le virus.

Zombie Honeymoon est un film qui navigue un peu entre deux eaux. N’avez-vous pas peur que cela soit dommageable pour le film : que ceux qui viennent pour voir du dramatique soient effrayés et que ceux qui s’attendent à un film gore soient un peu déçus ?

Inquiet et excité à la fois. Si j’avais vraiment peur, j’aurais appelé le film "Danny et Dennise, le grand amour qui dure pour toujours". Mais je suis excité par le fait que quelqu’un s’assoit et pense qu’il va voir un film Troma et finit par pleurer. J’aime cette idée, j’aime prendre le contre-pied de ce qu’attend le public. Cependant je pense que cela peut jouer contre moi, car quelqu’un qui veut voir un film émouvant n’irait pas nécessairement voir un film appelé Zombie Honeymoon. Ca peut donc être à double tranchant, mais du fait de l’accueil que le film a reçu aux Etats-Unis, les gens se sont déplacés en nombre. De plus, tout les grands medias on été positifs quant à Zombie Honeymoon : Variety, NewYork Post,Fangoria, John Landis
Toutes ces critiques sont sur Zombiehoneymoon.com. Cela a été un véritable choc car je ne m’attendais vraiment pas à ce que ces grands journaux aiment un film comme Zombie Honeymoon.

Vous attendez vous à un tel succès en France ?

Je ne sais pas. Aux US en ce moment le marché de l’horreur est en pleine ébullition. J’ai cru comprendre qu’en France le sentiment est plus mitigé. Je respecte beaucoup le cinéma français, cela depuis que je suis gamin. Ce serait donc vraiment génial que le film marche ici !
De toute façon, la balle est entre vos mains maintenant. Cela dépendra de comment vous le présenterez… sans vouloir vous mettre la pression [rire].

Votre film va avoir les honneurs d’une édition DVD en France, qui plus est par Neo Publishing. Comment ressentez vous cela ?

Ils font vraiment un travail formidable. Ils en mettent plus sur le DVD que ce qui a été fait aux Etats-Unis ! Toutes les images que je voulais mettre sur le DVD américain seront sur le DVD français. En Amérique, il n’y a pas de scènes ratées, pas d’auditions, pas de scènes coupées… En France, il y aura même un commentaire audio exclusif, deux documentaires sur les coulisses du tournage où l’on me voit faire une dépression nerveuse... Le DVD français est vraiment l’édition à avoir, celle que j’avais en tête dès le départ : elle est plus complète que l’édition américaine.

Comment pensez vous que cela se déroulera en France ?

- Franchement, je ne sais pas trop. Comme vous l’avez dit, la communauté est plus frileuse ici. Les blockbusters ont plus de succès que les films à petit budget. Le problème sera que le film n’est pas sorti au cinéma. De plus Neo publishing est vraiment réputé dans le milieu de l’horreur. Donc je pense que le film va toucher ce public là, au moins.

- Vous pensez que les gens qui l’auront vu vont l’aimer, et que le bouche à oreille va fonctionner ?

- A vrai dire, j’ai regardé Zombie Honeymoon avec mon amie qui n’est pas particulièrement fan des films d’horreur, et elle l’a vraiment aimé. Elle ne s’attendait pas à un film autant à fleur de peau. Je crois qu’elle s’attendait plus à un splatter…

- Bien, c’est l’effet voulu : le premier film de Zombie pour lequel les filles traîneront leur copains au cinéma !

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je reste dans la voie des films d’horreur à émotion. Ce sera une histoire d’amis imaginaires, basé sur le concept que ces amis imaginaires que nous avons enfant, nous restent à l’age adulte. Plus tard, lorsque nous nous lions d’amitié avec d’autres adultes, ces amis imaginaires deviennent jaloux et veulent se venger.
Ce sera donc l’histoire de deux lycéennes solitaires, elle vont se lier d’amitié et s’apercevoir qu’elles partageaient le même ami imaginaire étant enfant : Monsieur Personne. Celui-ci va tenter de les monter l’une contre l’autre en interférant dans leur vie.
Le film s’appelle BFF: Best Friend Forever.

A quel stade en êtes vous ?

Nous en sommes à l’écriture pour le moment.

Que pouvons nous vous souhaitez pour le futur ?

Beaucoup de bonheur, de chance, de réussite… la même que je vous souhaite. [rires]
Maintenant demandez moi quelque chose de très personnel, que je pourrais considérer comme insultant…

Je ne pense pas pouvoir… Mais j’ai d’autres questions quand même. Je crois avoir compris dans le film que Dennise est enceinte… Qu’elle est l’intention derrière cette information ?

Zombie Honeymoon 2 : l’enfant zombie au Portugal.
Même si je ne ferais jamais ce film, j’aime l’idée qu’avec un titre comme Zombie Honeymoon, les gens s’attendent à un navet et qu’il soit agréablement surpris. Pour une suite, j’aimerais l’effet inverse : que le public s’attende à une expérience profondément émotionnelle et qu’il se retrouve avec un navet phénoménal.

Cela pourrait aller dans deux directions différentes :
La version trash reprend exactement là où le film s’arrête : elle est sur la plage, va à l’aéroport alors que le générique d’ouverture défile. Une fois dans l’avion le bébé bondit hors de son ventre à la façon d’Alien, détourne l’avion et débarque au Portugal en faisant un massacre !
La version plus subtile : Dennise vit au Portugal, l’enfant est déjà grand – à peu près de l’âge de Damien – elle ne sait pas encore s’il est zombie ou non. Cela serait plus une étude psychologique des personnages.
Je préfère la version Troma. [rires]

Quand vous parlez de Troma comment l’épelez-vous ?

T.R.O.M.A.

C’est bien ce que je pensais. En parlant d’eux, que pensez-vous de ce qu’ils font ?

J’aime l’idée de TROMA. J’aime le concept de faire des films à la Corman. Je pense que les films qu’ils sortent sont à l’opposé complet de ce que je veux faire. Je veux préserver l’idée de l’horreur, et je respecte l’horreur.
Je pense que Troma crée plus une atmosphère horrifique pour s’en servir comme base pour un produit. Il y a donc peu de film Troma que j’aime, cependant ils ont des titres géniaux. Et, bien que je n’aimerais pas être en affaire avec Lloyd Kaufman, c’est un personnage génial, mais ce n’est qu’un personnage. A mon avis quand il rentre chez lui il n’est pas comme ça.

Je l’espère pour sa fille. Autrement elle doit être complètement Tromatisée !
[rires]

Peut-être avez-vous quelque chose à rajouter, en sachant que vous serez lu par beaucoup de monde…

Oui ! Je suis un grand fan de Gainsbourg et de Polnareff. Et vous avez vraiment besoin de nouvelles rocks stars fêlées dans ce pays ! Je suggère que qui que ce soit qui lise votre site et qui est un peu fêlé – et je l’entends dans le bon sens du terme – se mette à écrire de la musique et commence à botter le cul de Johnny Hallyday et de tous ces gens… [rires]
Et si vous avez ce genre de rock star, contactez moi pour m’envoyer des mp3. J’adorerais le propulser, aider au renouveau de la culture musicale française… [rires]

Puis nous avons continué à parler, de nos futurs, de nos rêves… de tout et aussi de rien. Lorsque nous sommes partis, je me suis senti transformé. Transformé par un homme au cœur grand comme ça, obsédé par la poursuite de son rêve et pourtant si attentionné envers son entourage.

Interview réalisé par Colin VETTIER.

Merci à Cateline pour nous avoir permis de réaliser cet interview.

Merci à Dave Gebroe pour sa gentilesse et sa disponibilité.



Lionel Colnard Sat, 10/06/2012 (All day)

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