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Quel effet cela vous fait-il d’être toujours considéré par les fans comme "le Pape du Gore" ?

J’en suis honoré et flatté. Mes sentiments sont intensifiés par le fait que lorsque nous avons produit "Blood Feast", l’industrie du cinéma me considérait comme un "hors-la-loi". Quel plaisir alors d’être considéré comme un vrai réalisateur !

Qu’est-ce qui, en 1963, a donné l’idée à David Friedman de produire un film gore, alors qu’il était plutôt spécialisé dans les "nudies" ?

En fait, l’idée est venue d’une décision mutuelle entre mon partenaire d’alors, David Friedman et moi-même, comme quoi il fallait un nouveau genre de films parce que le monde des "nudies" devenait surpeuplé. J’ai vu un vieux film de gangsters à la télé. La police a tué le gangster qui est mort paisiblement, les yeux fermés. C’était la genèse : nous avons décidé qu’il fallait montrer du sang ! Et "Blood Feast" fut le premier film où les gens mouraient les yeux ouverts, ce qui en surprit plus d’un.

Aujourd’hui, que pensez-vous de "Blood Feast" ? Avez-vous rencontré des difficultés lors de sa réalisation ?

Evidemment, j’aurais voulu que le film soit moins primitif… tant au niveau des talents que des effets spéciaux. Mais parce que nous n’avions aucune certitude qu’un cinéma montrerait ce film où que ce soit, nous l’avons fait de façon aussi rapide et peu chère que possible (comme vous le savez, la télé par satellite, les VHS ou les DVDs n’existaient pas encore). Le problème majeur était que personne n’avait encore fait ce genre de film auparavant, alors il n’existait aucun accessoire ni d’exemple pour les effets spéciaux. Les productions d’aujourd’hui ont une équipe entière spécialisée dans les effets gore.

"2000 Maniacs" est beaucoup mieux réalisé que "Blood Feast". Vous aviez un budget plus important ? Comment avez-vous abordé sa réalisation par rapport à "Blood Feast" ? Qui a eu l’idée de ces jeux macabres fort amusants (enfin, sauf pour les malheureuses victimes !) ?

Lorsque nous avons su que "Blood Feast" serait un film gagnant malgré le côté amateur des effets et des acteurs, nous nous sommes dit : "Et si nous faisions un meilleur film ?" "Blood Feast" avait été tourné en l’espace de quatre jours ; "2000 Maniacs" a été tourné en douze jours. Tout le monde a contribué aux idées et c’est moi qui a écrit le scénario. C’est mon fils Robert, qui avait onze ans à l’époque, qui a eu l’idée du tonneau.

Parmi votre filmographie, quel est le film que vous préférez et pourquoi ?

Mon film préféré est "2000 Maniacs". Je pense que nous avons accompli beaucoup de choses avec un si petit budget et le film passe encore très bien aujourd’hui. De tous mes films, c’est celui qui est le plus représentatif de ma personnalité. En fait, la voix sur le thème musical est la mienne.

"The Wizard of Gore" est vraiment très sanglant et met en scène des numéros de magie un peu particuliers ! Ce film est-il pour vous une sorte d’hommage au Théâtre du Grand Guignol qui existait à Paris ?

Le genre Gore entier est redevable au Grand Guignol. Je n’avais pas d’intention particulière en ce qui concernait un hommage à travers "The Wizard of Gore", mais c’est une bonne observation.

Trente ans après votre dernier film, "The Gore Gore Girls", vous êtes revenu à la réalisation avec "Blood Feast 2". Pourquoi attendre trente ans avant de refaire un film ? Vous n’aviez plus envie de réaliser pendant cette période ?

J’étais et je suis un écrivain sur demande. Mon vingt-huitième livre sur le marketing sera publié au printemps. Ce travail m’a apporté une certaine célébrité et fortune, dans les limites de la profession s’entend. Mais j’adore le cinéma et la seule raison pour laquelle je n’ai pas tourné de film depuis tout ce temps est que personne ne me l’a demandé. Je n’allais pas en financer un par moi-même.

Que vous a apporté "Blood Feast 2" par rapport au premier ? L’avez-vous abordé d’une manière différente de celle d’il y a quarante ans ?

La différence est énorme. Sur "Blood Feast", j’étais réalisateur, caméraman, éclairagiste, compositeur et monteur à mi-temps. Sur "Blood Feast 2", j’étais le réalisateur. J’étais assis dans mon fauteuil de metteur en scène, observant l’action sur un petit moniteur. Quelqu’un d’autre – dont je n’ai même jamais su le nom – chargeait la pellicule dans les caméras et une équipe de cinéma éclairait et filmait les scènes. Le meilleur de tout fut qu’à la fin de la journée, quelqu’un d’autre ramassait les câbles.

Que pensez-vous de l’évolution du cinéma gore depuis que vous avez apporté votre touche personnelle au genre ? Il y a-t-il des films gore récents qui vous ont marqué ?

S’il vous plaît, ne me demandez pas de commenter le travail d’autres réalisateurs – ou alors en tête-à-tête. J’en admire beaucoup mais je pense également qu’un grand nombre n’ont pas la moindre idée de la façon d’atteindre un public. L’industrie a énormément évolué – ou régressé – dans l’attention portée aux effets électroniques. Bien que techniquement admirables, de tels effets sont totalement hors propos en ce qui concerne le gore basique. Le Grand Guignol n’aurait jamais toléré tous ces dispositifs. (NDT : Que ça fait du bien d’entendre cela !)

On reproche souvent aux films d’horreur d’être responsables de certains faits divers ou du comportement violent d’adolescents. On a reproché à "Scream" par exemple d’avoir été le déclencheur de certains meurtres commis par des adolescents qui s’étaient habillés comme le tueur du film. Pensez-vous réellement que les films d’horreur puissent être responsables de comportements violents chez les jeunes ?

Je pense que de telles accusations n’ont aucun sens. Depuis des siècles, la littérature et l’art ont été tenus pour responsable de comportements déviants, en particulier par ceux qui y ont recours. Longtemps avant l’apparition du gore, les dessins animés montraient de la violence. Est-ce que quelqu’un accuse les "films doux" de provoquer des comportements doux ? L’art est une cible toute désignée. Dans mon pays, la plupart des crimes violents sont le résultat reconnu de l’environnement et l’effet de groupe des gangs, ce qui n’a strictement aucun rapport avec le cinéma. Et selon moi, la série des "Scream" est bien trop banale pour avoir un quelconque impact.

Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ? Je vois que vous avez le film "Win, Lose or Die" en pré-production. Pouvez-vous nous parler de ce nouveau film ?

"Win, Lose or Die" est le sous-titre que le producteur Christopher Tuffin a donné à mon scénario "Grim Fairy Tales" (NDT : "Sombres contes de fées"). La production aurait dû débuter au mois de décembre… puis ce mois-ci. Pendant que je réponds à ces questions, le futur de cette production semble si embrumé que je pourrais me concentrer sur un autre projet entre-temps, "Gory Story".

UN GRAND MERCI A Mr. LEWIS POUR SA GENTILLESSE ET SA RAPIDITE DE REPONSE.

Merci à Lionel Colnard pour sa disponibilité, à Stéphane Erbisti pour la rédaction des questions et à Marija Nielsen pour la traduction.



Stéphane Erbisti Tue, 09/25/2012 (All day)