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Bonjour Thierry, peux-tu rapidement te présenter ?

J’ai 29 ans, et je vis à Montpellier. Je suis un cinéphile passionné de cinéma fantastique. Et j’ai, à ce jour, réalisé (ou co-réalisé) 7 courts métrages.

De quand date ta première réalisation ? Quel était le sujet de ton premier court métrage ?

Mon premier court "Golzarath, l’attaque des morts-vivants" date de 1998. C’est un film de 18 minutes, totalement amateur, que j’ai fait en super 8. C’est l’histoire d’un couple qui passe la nuit en montagne, et se retrouve face à une horde de zombies réveillés par un démon ! Effets spéciaux gores archaïques, nuit américaine, post-synchronisation, musique faite sur ordinateur… J’ai beaucoup appris en faisant ce film, et j’ai vraiment réalisé à quel point le résultat pouvait être différent de ce que tu avais en tête ! Malgré tout, "Golzarath" a été bien reçu par quelques fanzines de l’époque, comme Fantasticorama, Medusa, Cinescope ou Gory news. On retrouve l’inspiration du premier "Evil dead" et surtout des Fulci.

Qu'est-ce qui t'a donné envie de réaliser tes propres films ?

J’ai mis longtemps à m’y mettre. Généralement, les réalisateurs font leurs premiers films amateurs vers l’âge de 10 ou 12 ans. Moi, j’avais 10 ans de retard ! Ce qui m’a donné envie, c’est plutôt un besoin de mettre en images ce que j’ai en tête, de matérialiser ce que j’imagine, d’amener mon univers et ma vision du monde, et de les faire partager. J’avoue que maintenant, je pourrais difficilement me passer de faire des films. Je pense qu’à la longue, une certaine dépendance s’établit entre tes films et toi, et je ne pourrais pas envisager de ne plus m’exprimer par le biais du cinéma.

Pourquoi choisir le genre "fantastique / horreur" ? Est-ce que ce genre t'offre une plus grande liberté créatrice qu'un autre ?

Avant de passer à la réalisation, j’étais un grand fan de cinéma fantastique. J’ai vu énormément de films d’horreur, et j’ai donc voulu faire pareil. Il est vrai qu’une histoire basée sur la réalité ne m’intéresse pas. Je préfère les choses complètement imaginaires et décalées, dans lesquelles tu peux inventer des mondes et des personnages que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Je sais que tu adores les vieux classiques de l'épouvante en noir et blanc, en particulier le "Nosferatu" de Murnau, auquel tu as d'ailleurs rendu hommage dans un de tes courts. Que t'apportent ces films par rapport aux productions récentes ?

Tu as raison, je suis complètement fasciné par les films des pionniers du fantastique. Je ne sais pas pourquoi, mais le fait d’imaginer ces gars tourner un film d’épouvante dans les années 20 avec des méthodes archaïques, et une inventivité impressionnante me laisse admiratif. Et puis, un film muet en noir et blanc est tellement éloigné de la réalité qu’il est déjà d’essence fantastique, même si l’histoire n’appartient pas au genre. Il y avait vraiment un langage spécifique. L’expressionnisme allemand m’inspire énormément. Ce courant n’a existé qu’à travers une douzaine de films, et a amené des choses incroyables. Murnau, et en particulier, son "Nosferatu" représente la perfection. Je pense qu’il est bon de garder en mémoire et en respect l’œuvre des générations précédentes pour avancer. C’est pour ça que je vénère l’œuvre de Guy Maddin, avec son univers très étrange et si personnel. Il y a quelques années, j’avais un projet de long métrage fait comme dans les années 20, mais sonorisé. Puis j’ai découvert l’œuvre du canadien. Ah, il l’a fait avant moi !

Parle-nous un peu de Julien Masdoua, qui est le héros de ta dernière réalisation, "Maximiliani Ultima Nox"...

Julien est un très bon comédien qui vit à Montpellier. En 1999, j’avais créé une association pour faire du cinéma indépendant, avec Fred K. (réalisateur de "Houtch et Houtch"), Le Mont Dellamorte (référence au superbe film de Michele Soavi). Fred avait réalisé un film avec Luc Miglietta (oui, le baron Sodomus !), "Le temps d’Antoine", le portrait d’un handicapé du temps. Luc faisait du café théâtre avec Julien Masdoua et la Houtch compagnie. On a donc connu peu à peu cet univers, et rencontré des comédiens. J’ai tout de suite sympathisé avec Julien qui avait déjà un humour assez trash ! Plus tard, avec Fred K., on a co-réalisé "Amis pour la vie", un épisode de sitcom trash, vulgaire et gore. Il y avait déjà Julien, Luc, et aussi David Jimenez (José-Marie dans "Maximiliani ultima nox"). Ca nous a permis de mieux nous connaître ; on avait alors une bonne base pour mon dernier film. Sinon, Julien a réalisé un film l’année dernière : "24 minutes chrono". Si vous voulez en savoir davantage sur lui, vous pouvez visiter son site : http://www.compagnieducapitaine.com

Parlons justement de ton dernier court, "Maximiliani Ultima Nox", que j'ai vraiment adoré. LA question qui m'est venue tout de suite à l'esprit est : pourquoi en noir et blanc ? Les images du making-of en couleurs sont bien sanglantes, pourquoi avoir préféré le côté noir et blanc pour un film dont certaines séquences sont vraiment gores ?

C’est vrai que l’on est habitué à voir du gore en couleurs. Mais Romero a prouvé qu’en noir et blanc, cela pouvait être autant efficace. J’avais pas envie de faire du gore pour le gore. Je pense que "Max" est un film plus à cheval sur les genres, dans lequel il y a effectivement des scènes gores, mais pas seulement. J’ai essayé de trouver une unité cohérente dans l’image, l’ambiance, et le coté glauque et malsain. Je trouve que cette ambiance apparaît bien grâce à la photo noir et blanc. On sait que même s’il y a des passages rigolos, ça ne sera pas toujours comme ça, car le clair-obscur peut amener des effets oppressants. C’était le but. Puis, c’est peut-être un petit plus pour s’écarter davantage de la réalité. L’expressionnisme n’est pas loin dans tout ça, du moins dans l’inspiration.

Les vampires homosexuels, c'est une référence au "Bal des Vampires" de Polanski ?

C’est marrant parce que je n’ai pas pensé et écrit ces personnages comme étant homosexuels ! Ils laissent planer le doute, et leur jeu est ambigu jusqu’au bout, mais à aucun moment ils ne dévoilent quoi que ce soit sur leur sexualité. Mais bon, c’est pas grave s’ils sont perçus comme tels. J’adore "Le bal des vampires", mais il n’y a hélas aucune référence.

L'acteur David Jimenez, qui joue le rôle hilarant de José-Marie, a une tête qui ne m'est pas inconnue... Dans quoi a t'il déjà joué ? Comment l'as-tu connu ?

Comme je l’ai dit plus haut, je l’ai rencontré en allant le voir jouer sur scène. Puis, avec Fred K. on lui a proposé le rôle de Roger dans "Amis pour la vie". C’est là qu’on est devenu amis. Roger était seulement une tête que ses amis posaient là où ça les arrangeait. Toujours en train de râler et de ronchonner. Sur les gros plans, David faisait des mimiques incroyables. Pour les plans plus larges, on avait fait sa tête en latex. Avec "Max", David a eu sa dose de moulages en plâtre je crois ! En tout cas, il a un potentiel énorme, et mérite de jouer dans plus de films.

Dans une séquence où mon sourire est monté jusqu'aux oreilles, je veux parler de la scène de bagarre du début, où José-Marie se prend pour un catcheur, pourquoi justement avoir "exagéré" les combats, leur avoir donné ce côté "catch", très bande-dessinée ? L'humour est-il très important pour toi dans un film de ce genre ?

L’humour est très important dans ce genre de films pour qu’il y ait un plus gros décalage avec la réalité. En incluant des scènes marrantes et des dialogues crus, je pense que cela permet de prendre le film au 40ème degré. Sinon, le résultat serait un peu trop glauque ! Mais c’est pas évident de mettre de l’humour sans tomber dans la parodie et en restant respectueux envers le genre. Alex de la Iglesia s’en est sorti à merveille avec "Le jour de la bête". Dans cette scène, on voit deux sortes d’ambiance : une première qui fait cliché de films d’horreur avec action et musique métal, et une seconde avec une musique atmosphérique et un aspect BD comme tu le soulignes très justement, qui permet de frôler les limites de l’univers du film. En général, il y a deux catégories de public. Certaines personnes rient en voyant Max se faire tabasser pas José-Marie, et d’autres rient beaucoup moins, et sont même quelquefois mal à l’aise !

Si je te dis que l'ambiance glauque du début, quand Maximilien déambule et que ta caméra zigzague à vive allure dans les rues, m'a fait penser à "Irréversible" de Gaspar Noé, si je te dis que les savoureux dialogues m'ont fait penser à "Bernie" ou "Dobermann", comment le prends-tu ?Ces réalisateurs français nouvelle génération, Kounen, Noé, Aja... t'inspirent-ils ?

Pas fait exprès ! Mais j’aime beaucoup Kounen, "Dobermann" et surtout "Vibroboy", que j’ai du voir une bonne quinzaine de fois plus jeune. Je respecte beaucoup Noé aussi, car il sait où il va et ne laisse aucune concession. "Irréversible", j’ai du aller le voir une seconde fois au cinéma, pour faire un exorcisme, car j’étais sorti de la première un peu malade ! Aja ne m’a pas encore convaincu, j’attends de voir la suite. Pour les dialogues de "Max", l’inspiration vient plutôt de Jean-Luc Trotignon pour "Le bonheur a encore frappé", et son court métrage "Dialogue de sourds", deux films complètement hallucinants.

Les effets spéciaux sont vraiment très réussis, qui les a réalisés ? Es-tu stressé lors d'une séquence avec FX, as-tu peur que l'effet rate ou de ne pas bien filmer la séquence ?

Les effets spéciaux ont été réalisés par Frédéric Bautias, qui a aussi dessiné l’affiche, et les crayonnés du générique de fin. Je trouve qu’il s’en est assez bien sorti pour le peu de moyens qu’on avait à disposition. Il a conçu tous les moulages en plâtres et les faux personnages en latex, et les effets gores aussi. Evidemment, le tournage d’un plan à effet est énormément stressant. Ca prend beaucoup de temps, il faut avoir l’œil partout, et bien souvent on n’a pas droit à l’erreur. Le pire a été l’explosion finale, qui a nécessité 4 heures de préparation sur les lieux pour tourner 30 secondes. On avait 3 caméras 16 mm pour cette scène-là. Et le mannequin qu’il a fallu habiller, lester et charger de poudre. Vu qu’on avait un seul mannequin, il fallait absolument que ça réussisse. Je crois que ce jour-là, j’ai explosé mon record de tension artérielle !

Il n'y a pas d'actrice à gros seins dans ton film, un film de vampires en plus !!!! Pourquoi ???? Y'a toujours une actrice à gros seins dans les films de la Hammer !!! LOL !

C’est vrai ! Je me rattraperai la prochaine fois ! Ah la Hammer, comment oublier le décolleté vertigineux d’Ingrid Pitt ?! Pour "Max", je sais pas trop, j’ai voulu faire un film viril, sans gonzesses, un peu dans la tradition des films de José Giovanni comme "Les grandes gueules" ou "Le rapace". Je crois que le scénario ne pouvait donner aucune place à une fille, sauf bien sûr à une Sarah Connor ou une Ripley…

Combien de temps a duré le tournage ? Où as-tu filmé les séquences ? Avec quel matériel ? Qu'est-ce qui a été le plus dur à réaliser dans "Maximiliani Ultima Nox", qui est ton tournage le plus important je crois ?

Oui, c’est mon tournage le plus important, le plus lourd et le plus cher. Ca a duré une semaine, soit 7 nuits et 2 demi-journées. C’était assez difficile, surtout pour prendre un rythme de vie nocturne. Et la canicule du mois d’août n’était pas là pour nous aider. Tout a été filmé sur Montpellier, dans deux lieux différents, plus toutes les rues du début. Il y avait 35 personnes dans l’équipe. Le matériel, c’était donc une caméra 16 mm Eclair, et un Dat pour le son. Quelques éclairages, mais pas de machinerie. On avait surtout du matos pour les trucages et les effets spéciaux. Dans l’ensemble, ça s’est plutôt bien déroulé, car les personnes de l’équipe ont été très sérieuses. Le plus dur, c’était la cadence à maintenir pour boucler le plan de travail avant que le soleil ne se lève. Une nuit, on a fait dans les 60 plans !

Comment s'est effectué le casting ?

Il n’y a pas vraiment eu de casting, car je connaissais déjà les comédiens. Je pensais déjà à Luc et Julien en écrivant le scénario.

Pourquoi ce titre aux consonances latines ?

Je sais pas trop, j’aime bien le latin. C’est sûrement parce que tous les traités du Moyen Age qui parlent de fantômes, vampires et autres monstres sont rédigés dans cette langue, normal c’était des moines qui s’y collaient. Je pense qu’un titre en latin accentue le coté mystérieux et ancien, voire occulte, du sujet.

Dans Maximiliani, il y a deux ambiances musicales, une musique atmosphérique étrange, qui donne au film un climat glauque, et une musique métal très violente, utilisée surtout lors des scènes d'action. Pourquoi ce choix de faire coexister deux ambiances différentes ?

La musique métal, pour être en plein dans le genre : de l’action, de la baston, du gore… Tout ça sur du métal bien puissant. La musique atmosphérique, pour revenir à l’univers plus personnel du film, et accompagner le coté glauque et plus froid de ce qui arrive à Max. Tout le long, on joue sur ces deux tableaux qui s’entremêlent de temps en temps. J’aime bien, je trouve cette alchimie intéressante.

Parle-nous un peu de tes autres courts métrages (scénario, ton avis sur chaque...). Il y en a deux de disponibles sur le dvd de "Maximiliani Ultima Nox". Les autres sont-ils disponibles ?

J’ai déjà parlé de "Golzarath" au début. Après, par le biais de mon association "Le Mont Dellamorte", j’ai co-réalisé 3 courts avec Fred K. "Game over", un super de 3 minutes qui reprend le principe du jeu vidéo shoot’em up en grandeur nature. "Vidéo gore" un vidéo gag gore de 5 minutes ! Canal + avait organisé un concours de courts gores. Après avoir descendu quelques bières avec Fred, on a trouvé cette idée. Tournage rapide avec tous les copains, un caméscope VHS bien pourri, et quelques litres de sauce tomate ! Une quinzaine de gags se suivent, tous finissant dans une flaque de sang. On a gagné le concours, et "Vidéo gore" est passé sur Canal, avec 9 autres courts lors d’une soirée spéciale, en 2000, puis a été rediffusé en 2001. Ensuite, est venu "Amis pour la vie", sitcom trash de 30 minutes, dans lequel on retrouve Julien Masdoua, Luc Miglietta et David Jimenez. Au départ, c’était censé être la maquette d’un pilote de série télé, genre "Hélène et les garçons", mais à la sauce trash. Les quelques chaînes à qui on l’avait envoyé n’ont pas du trop apprécié ! Dommage. En tout cas, on s’est bien marré, et je me marre toujours en le revoyant. Surtout la scène culte du film, dans laquelle Julien sodomise le pauvre Luc ! On peut trouver quelques informations sur ces films et des photos sur le site http://membres.lycos.fr/montdellamorte/ mais la dernière mise à jour date de 2001 ! Il doit rester quelques cassettes "Le Mont Dellamorte, volume 1" chez Sin’art (http://sinart.asso.fr de même pour "Golzarath"), cassette qui comprend ces 3 courts, ainsi que "Le temps d’Antoine" de Fred K. avec Luc Miglietta, et "Symphonia horroris" dont je vais parler. Peut-être qu’un jour, on les mettra sur DVD, ou en tant que bonus sur des prochains films. Donc, dans la foulée, j’ai réalisé "Symphonia horroris", toujours en super 8, et qui est un hommage à "Nosferatu le vampire" de Murnau. J’ai essayé d’explorer la solitude et le désespoir liés à la routine quotidienne de ce personnage, et qui peut trouver un but à son existence en rencontrant l’amour. C’est donc un film muet, j’ai essayé de faire un film comme dans les années 20 ; et les cartons sont en esperanto (je voulais les faire en latin, puis j’ai vu "Incubus" !). Evan Martinez qui interprête le rôle du vampire, bien maquillé, lui ressemble bien. Je suis content de l’avoir fait, c’était ma manière de remercier Murnau pour tout ce qu’il a apporté. Puis j’ai écrit des scénarios de courts, dont "Max". J’ai perdu pas mal de temps à essayer de me faire produire, sans aucun succès. Je voulais avoir au moins une expérience avec une production, pour faire un vrai film ! Devant l’absence de prise de risque des producteurs, je suis vite revenu à l’autoproduction et la totale indépendance. J’ai donc développé "Max" pour le faire en 16 mm, voire même en super 8. Ce projet était assez ambitieux, et demandait pas mal de moyens, et comme je n’avais pas tourné depuis 2 ans, j’ai fait un court en super 8, pour me remettre dans le bain. Ca a été "Apparition" d’après Guy de Maupassant. J’étais tombé amoureux de la nouvelle du maître, certainement car elle évoque merveilleusement bien mon thème de prédilection, qui est celui de l’amour magique, à savoir l’amour entre une personne humaine et une autre non humaine. Dans "Apparition", il s’agit d’un jeune homme et d’une fantôme. Maupassant avait été inspiré par Poe, pour cette nouvelle. Le tournage a duré 3 ou 4 jours, dans un château près d’Alès, qu’on avait un peu retapé. Je trouve la scène du début, le dialogue entre le jeune homme et le jardinier complètement ratée, le reste, j’aime bien. J’aime beaucoup la musique de Jean-Pierre Ronda (du classique, avec violoncelle et soprano !), qui a bien voulu retravailler pour moi sur "Max".

Le Baron Sodomus, second vampire de ton film qui porte bien son nom (lol), est-il déjà venu te rendre visite la nuit ? Si oui, vous avez fait quoi ensemble ???

Bien sûr, et il vient encore souvent me voir. Comme tu peux le deviner, on joue évidemment aux cartes pendant de longues heures. Cet enfoiré me gagne tout le temps ! lol !

Quel est ton réalisateur préféré ? Tes 5 films préférés ?

J’éprouve une admiration sans bornes pour Werner Herzog. Ses films, ses tournages, son goût pour l’exploit, l’aventure (quelquefois l’inconscience), et son envie de filmer l’impossible m’enivrent de vénération. Il est l’un des seuls à avoir repoussé aussi loin les limites d’un tournage, tout en étant autoproduit depuis son premier court ! J’aime beaucoup Guy Maddin aussi, avec son univers plus sage mais autant particulier et unique. J’aimerais construire une œuvre aussi cohérente et homogène que ces deux messieurs. Il y a énormément de films que j’aime… Si je dois en retenir 5 : "Excalibur" de John Boorman, la perfection absolue, dans la narration, les personnages, et surtout le symbolisme ; "Les diables" de Ken Russell, un univers complètement fou et décalé, un sens visionnaire incroyable ; "The lovers" de Tsui Hark, tout simplement l’un des plus beaux films du monde (et qui me fait toujours le même effet que "L’aurore" de Murnau) ; "Nosferatu, fantôme de la nuit" de Werner Herzog, peut-être parce que c’est le film qui m’a amené au cinéma fantastique, en tout cas la montée au château sur "L’or du Rhin" de Wagner me fait toujours défaillir ; et "Photographing fairies" de Nick Willing, superbe, qui comporte beaucoup d’éléments dans lesquels je me retrouve, un des seuls films que j’aurais aimé réaliser…

Dans le Fantastique, quel thème t'attire le plus ? (vampires, loup-garous, savants fous...)

J’aime beaucoup les vampires, mais c’est vrai qu’au cinéma, à part une dizaine de films, tout le reste n’est que redite. Un univers très riche et intéressant. Les morts-vivants, j’aime bien aussi. Ca peut être rigolo ou carrément pas. Les films de Fulci sur ce sujet sont vraiment des gros chefs-d’œuvres. Le loup-garou, j’aime beaucoup aussi, mais aucun film n’a réussi à traiter le mythe comme il se doit, dans ses racines et dans toute sa richesse. "Le loup-garou de Londres" et "Hurlements" sont les meilleurs. Sinon, mon genre préféré est le merveilleux, c’est-à-dire des personnages fantastiques dans un monde fantastique. Il n’y a pas de cassure avec le réel, tout est en harmonie. Les bons films de ce genre sont rares. J’ai déjà éprouvé une grande fascination pour quelques films tchèques ou russes relevant du genre. J’adore aussi l’anticipation, "la terre de demain". Ca peut se rattacher au merveilleux finalement. C’est le même constat de départ : on peut imaginer ce que l’on veut, il n’y a pas (ou plus) de repères avec la réalité. Donc totale liberté d’imagination, création complète. C’est ça que je trouve le plus intéressant. A ce titre, Terry Gilliam est vraiment un cinéaste génial, comme Boorman pour "Zardoz".

Tu es plutôt Mad Movies ou Ecran Fantastique ? ou autre revue ?

Je lis les deux, mais je suis plutôt Mad, quand il y avait encore JPP. J’aime bien aussi Toxic, et surtout Fantastyka. Mais la meilleure revue du genre, pour moi, reste la mythique Midi-Minuit fantastique et ses 24 numéros. Interviews de Terence Fisher à l’époque de la sortie de "Dracula, prince des ténèbres" ! Interviews de Karel Zeman, Jacques Tourneur, Riccardo Freda… Cette revue est une véritable mine d’or.

Penses-tu que le film fantastique a un avenir en France, en tant que réalisateur ?

C’est l’éternelle question du fantastique français. Il n’y a jamais eu de période "âge d’or" comme en Angleterre, Allemagne, Italie ou Espagne, et à mon avis, il n’y en aura jamais. Ce qui n’empêche pas notre pays d’avoir produit des centaines de films fantastiques. Je ne vais pas tous les citer, mais des films comme "La chute de la maison Usher" de Jean Epstein, "La beauté du diable" de René Clair, ou "Juliette ou la clé des songes" de Marcel Carné sont quand même des très grands chefs-d’œuvres. C’est sûr qu’il n’y a pas eu les vampires et les momies de la Hammer, les loups-garous de Paul Naschy, ou même les contes de fées de la Tchécoslovaquie… Même si je l’ai longtemps regretté, maintenant je me suis fait une raison, et si tu regardes bien, tu t’aperçois que le fantastique français existe bel et bien et qu’il a une personnalité vraiment particulière. Quant à l’avenir, je sais pas trop. Je pense qu’on va continuer à voir quelques bons films par-ci par-là. Il ne faut pas être pessimiste, de nos jours beaucoup de films français relèvent du genre fantastique. Il n’y a pas encore de chef-d’œuvre, mais il ne faut pas désespérer.

As-tu vu les derniers films d'horreur Made in France ("Haute Tension", "Maléfique", "Brocéliande"...) et qu'en penses-tu ? Va t'il y avoir un renouveau du genre en France ?

"Haute tension", j’ai pas trop accroché, malgré un début prometteur, manque d’ambiance. Je pense que le modèle est "Massacre à la tronçonneuse", c’est sûr, c’est difficile de faire mieux. "Maléfique", intéressant, mais s’essouffle vite, malgré de bonnes intentions. "Brocéliande", bof, pas terrible, surtout beaucoup d’incohérences historiques sur les celtes et les druides. Heureusement qu’il y a la petite Elsa Kikoïne qui est vachement canon. Le renouveau du genre, j’y ai déjà plus ou moins répondu au-dessus, mais pour qu’il y ait un renouveau, il aurait fallu qu’il y ait une espèce de vague du cinéma fantastique français, une succession ininterrompue de plusieurs films sur plusieurs années, ce qui n’a pas vraiment été le cas.

As-tu des projets pour le futur, un nouveau film en gestation ?

Ouais, plusieurs projets mais rien de concret. Deux courts en super 8, avec effets spéciaux et expérimentations. Un court fantastique trash en 16 mm, si je trouve une production. Et le long métrage d’après "Max". J’ai écrit un scénario avec Frédéric Bautias, ça raconte un peu ce qui se passe avant l’ultime nuit, depuis les débuts de Sodomus en 1850 ! Gros projet, qui nécessitera un peu de moyens. C’est pas gagné !

Quels conseils donnerais-tu à un jeune débutant voulant se lancer dans la réalisation de court-métrage ?

Je ne pense pas avoir fait suffisamment mes preuves pour donner des conseils à des jeunes réalisateurs… Le principal, c’est de croire en ses projets, de s’en donner les moyens, et de rester sincère. Et surtout, savoir rester patient !

Dans le making-of, on te voit devant une jolie bibliothèque remplie de Vhs et Dvd, des Vhs principalement de films d'horreurs, où l'on reconnait les anciennes collections comme Embassy, René Château, Ugc Vidéo... Tu collectionnes beaucoup d'objets sur le ciné fantastique ?

Ouais, t’as vu ça, pas mal hein ?! Ca fait une quinzaine d’années que je collectionne ce qui se rapporte au fantastique. Avant, le moindre truc (comme les pubs) fantastique qui passait à la télé, je l’enregistrais. Maintenant, je me suis calmé, et ne garde que ce qui m’intéresse. Il me reste quelques 2000 VHS, que j’écoule petit à petit avec les sorties DVD. Même si je suis nostalgique des bonnes vieilles vidéos et leurs, souvent, très belles jaquettes, je suis complètement fou des DVD. J’en ai un peu plus de 600, et je suis en train de monter une société d’édition, pour mettre sur galettes le cinéma fantastique européen. J’ai aussi pas mal de livres sur le sujet, et des magazines. Cette passion m’a amené plus d’une fois sur les marchés aux puces pour dénicher la perle rare. Il y a des cassettes dont je ne me séparerai jamais, comme "Le bossu de la morgue" que Paul Naschy m’a dédicacée, ou "Le massacre des morts-vivants", que Jordi Grau m’a aussi dédicacée !

Dernière question : que penses-tu du site www.horreur.com ?

Excellentissime ! Tu fais un travail incroyable, avec, on le sent, beaucoup d’amour et de passion. Franchement, j’apprécie beaucoup ta démarche. J’espère que vous continuerez longtemps comme ça.

Eh bien merci Thierry et bonne continuation ! Je rappelle à nos lecteurs qu'ils peuvent avoir de plus amples informations sur Maximiliani Ultima Nox sur ton site : http://maxultimanox.free.fr/index.htm

Merci beaucoup pour ton intérêt, et longue vie à horreur.com !

Propos recueillis par Stéphane Erbisti.



Lionel Colnard