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Bonjour Antoine Pelissier, tout d'abord comment en êtes-vous arrivé à réaliser des films gore, un genre mis à l'écart parfois?

J'ai eu deux révélations, "Le bal des vampires" et "La nuit des morts-vivants" qui m'ont marqué et ont ouvert une brèche dans mon cerveau. Depuis mon adolescence, je suis passionné par le cinéma d'horreur, et l'excès.

A quel âge avez-vous commencé à regarder des films d'horreur?

Aux alentours de 15/16 ans, où je passais beaucoup de temps au cinéma, la vidéo n'en étant qu'à ses prémices.

Comment arrivez-vous à concilier votre métier et votre passion pour la réalisation?

La semaine c'est mon métier, et le week-end et la nuit ma passion domine. Cependant je mets bien la barrière entre les deux activités. Je fais également de la musique, je suis batteur dans un orchestre rock, et je me consacre à ma famille.

D'où vous vient ce surnom de docteur gore?

C'est un journaliste qui m'a cité dans un journal local de Nîmes en première page : "Docteur Gore, médecin le jour et réalisateur de films d'horreur la nuit". Cela date de 4 ou 5 ans, je trouvais cela bien donc je l'ai gardé pour mon image de réalisateur mais pas de médecin (rires).

Quels films vous ont incité à passer à la réalisation?

Hormis les deux titres cités auparavant, il y a la série des "Evil Dead", "Massacre à la tronçonneuse"...

Puisez-vous des idées dans ces films?

Je suis forcément influencé par les films que je regarde, parfois je retiens le côté gothique, parfois l'aspect stressant. Il est inévitable que je m'inspire de ces films, même inconsciemment.

Pourquoi ne pas avoir opté pour un genre plus subjectif que le gore, le fantastique ou l'étrange par exemple?

J'aime l'excès, je n'aime pas trop le suggéré, je préfère le visuel. Je fais de la "pornographie" de l'horreur. c'est un débat qui porte à discussion mais ce genre à ses spectateurs et ils savent à quoi s'attendre, c'est ce qu'ils veulent ils en sont conscients.

Dans quelles conditions se sont déroulés vos premiers courts métrages ("Le refuge des maudits", "Au comble de l’horreur", "Le vampire contre-attaque", "Du sang sur la neige")?

Je les ai réalisés à l'âge de 15/18 ans, avec une caméra super8, sans moyens. j'ai utilisé le système D avec mes amis et ma famille, cependant cela était passionnant à faire.

Allons-nous les découvrir un jour en vidéo?

Je ne les ai pas exploités car je les considère comme amateurs avec un grand A, c'est du bas de gamme à mon sens bien que je ne les renie pas. Peut-être un jour pourquoi pas...

Avec "Les proies du mal", vous avez franchi une étape tant par la durée (près de 3 heures) que par la violence des scènes gore, comment s'est déroulé le tournage de ce marathon de l'horreur?

J'ai voulu réaliser quelque chose de plus concret, de plus fini. J'ai mis 2 ans et demi pour le faire, cela a été très long (tournages les week-end, etc...). Le scénario a bien entendu été plus élaboré, au même titre que les costumes et les effets spéciaux. Le tout a été tourné en super8. En revoyant le film, je me rend compte de certaines longueurs. Mais cela a été le "début" de ma carrière.

Avez-vous été surpris par l'accueil favorable de "Folies meurtrières" qui a remporté plusieurs prix?

Compte tenu de la durée autorisée sur les festivals, ce film a eu un certain succès dans les festivals amateurs. Ce qui m'a conforté dans l'idée de continuer à réaliser des films gore et d'horreur. J'ai été très heureux de l'accueil des médias.

Entre "L'Elu des Enfers" en 1985 et "Maléficia" en 1998, il s'est passé beaucoup de temps. Vous êtes-vous heurté à des difficultés?

J'ai fait un arrêt pour des besoins de la vie quotidienne, ma famille, l'armée, etc... Mais le virus du cinéma ne m'a jamais quitté. En 1994 j'ai donc écrit le scénario de "Maléficia".

A propos de "Maléficia" justement, les acteurs n'avaient pas d'affinités avec le gore, comment ça s'est passé?

J'ai fait en sorte que cela reste convivial et sympathique pour ne pas les décourager. Cela a été difficile malgré tout, et cela n'a pas été évident de garder les gens principalement de par leurs activités, leur travail mais aussi parfois à cause de scènes contraignantes.

Les effets gore y sont d'ailleurs très réussis, à qui les doit-on?

Deux amis dont un médecin, qui est très fort dans ce domaine. Philippe, Gilles et moi donc avons concocté les effets ensemble. cela n'a pas été simple car certaines scènes ont demandé beaucoup de réflexion. Il y a eu du travail de pré-production mais aussi de l'improvisation.

Comment ce film s'est-il retrouvé dans le catalogue Troma?

C'est une histoire un peu compliquée. En fait j'ai voulu rencontrer Loyd Kaufmann au festival de Cannes il y a quelques années. Je l'ai rencontré, cependant ses assistants ont dû mal faire suivre mon dossier car je n'ai pas eu de réponses. Par la suite, ma femme a fait le marathon de New York en 2002, elle en a profité pour ramener un dossier à Troma. Elle est tombée sur Loyd Kaufmann en personne, qui l'a super bien reçue. Cela a duré une heure. 8 jours après, Troma me rappelle pour me proposer de distribuer Maléficia. Et au final s'en suivirent un an de transactions.

Que pensez-vous du cinéma fantastique et gore en France?

Je suis très pessimiste dans mon opinion car je pense qu'il n'y en a pas. Cela me désespère. Il n'existe ni producteur ni réalisateur qui s'y risque. Soit-disant le Français n'aime pas ce genre de film. J'en doute un peu au vu du courrier que je reçois. Je pense qu'il y a tout de même une filière, un créneau. Il existe beaucoup de gens qui aiment le gore. Mes patients m'avouent parfois aimer cela et acheter des films. Peut-être est-ce tabou? Quoiqu'il en soit je continuerai sur ma lancée!

Et au niveau des festivals, ce genre a l'air d'être boudé non?

La tendance est plutôt au suspense et à la suggestion. Le gore semble rebutter les gens.

Pensez-vous que cela vienne du fait d'un scénario considéré comme mince justement?

J'embarque les spectateurs dans une histoire simple et droite, je pêche un peu dans la faiblesse du scénario. Mais c'est volontaire, c'est un spectacle. En France on préfère les intrigues compliquées, moi j'ai toujours été pour les choses directes. On choque forcément mais on sait très bien ce que l'on fait, ça fait partie du genre.

Où en est votre prochain film "Horrificia" annoncé comme le second volet d'une trilogie?

La préparation est quasiment finie, j'en suis à deux ans de préparation, il sera plus abouti que "Maléficia". J'essaie de rencontrer des producteurs ce qui n'est pas évident. En France cela n'est pas évident parce que personne ne croit aux films gore, il faut aller chercher des financements à l'étranger.

Allez-vous faire appel à des professionnels pour les effets spéciaux sur ce tournage?

Je vais faire appel à David Scherer, avec qui j'ai énormément sympathisé. Il est ok pour assumer toute la mise en scène des effets spéciaux. Il aura énormément de travail, mais j'ai vu également tout ce qu'il a déjà accompli. C'est remarquable et je suis ravi de l'avoir dans mon équipe.

Y a-t-il un film récent que vous avez apprécié?

"L'armée des morts", le remake de "Zombie", bien qu'il n'atteigne pas des sommets fut une bonne surprise en terme visuel.

Finalement que conseilleriez-vous à un jeune qui décide de se lancer dans le cinéma d'horreur?

De le faire avec passion, c'est ce qui doit primer. Il n'y a que ça qui doit faire avancer les choses. Niveau financements cela est plus compliqué. Mais avant tout il faut communiquer votre passion à d'autres pour qu'ils vous suivent. Et surtout continuer quoiqu'il en soit. Personnelement je suis autodidacte, cela n'était pas mon métier. Et bien qu'une école puisse amener de bonnes bases, je pense qu'il faut rester authentique.

Merci Antoine Pellissier de nous avoir accordé de votre temps.

Merci à vous, je vous remercie vous et vos lecteurs, ainsi que mes fans et les fans du cinéma d'horreur. Bravo à Gérald pour ses questions pertinentes.

Propos recueillis par Lionel.



Lionel Colnard